Le pic télévisuel de 2015 : y a-t-il trop de séries ?

400. Il s’agit du nombre de séries originales diffusées en primetime aux États-Unis sur les networks, les chaînes du câble et les services à la demande d’ici la fin de l’année selon John Landgraf, responsable des développements sur FX. Autrement dit, deux fois plus qu’en 2009. Pour les adeptes du binge-watching, visionner une série par jour ne suffirait donc pas à toutes les voir sur une année comptable. Landgraf affirme ainsi que nous avons atteint un pic créatif et qu’au cours des années à venir, ce chiffre ne devrait non pas exploser mais diminuer peu à peu, dans la mesure où cette croissance exponentielle ne pourra être maintenue encore longtemps.

Pour les spectateurs, les critiques et les chaines, est-ce réellement une mauvaise nouvelle ?

Après tout, ce pic télévisuel a abouti à une inflation quantitative et peut-être même qualitative, à la conquête de territoires autrefois annexés par le cinéma, mais également à une grande variété de programmes, comme le témoigne le catalogue de Netflix. De la même manière, la dernière édition du festival Séries Mania a parfaitement réussi son opération d’exposition en préfigurant le succès de séries comme Deutschland 83 (de facture allemande, diffusé sur SundanceTV en juin dernier et prochainement sur Canal+) et en misant sur des séries australiennes, israéliennes ou encore québecoises.

Une telle diversité, conjuguée à la récurrence de séries « ressuscitées » malgré leur faible audimat, mais grâce à une communauté d’irréductibles fans, a incontestablement changé la donne à l’égard du facteur d’annulation/reconduction des séries. Si Game Of Thrones fédère des millions de spectateurs chaque semaine, la lenteur intimiste de Rectify rassemble aussi ses fidèles ; une série qui n’existerait probablement pas si les chaines ne livreraient pas cette course aux contenus originaux. En plus de nos antihéros si familiers dans Better Call Saul ou The Knick, on accorde désormais une grande place à la diversité des voix dans Orange Is The New Black, Transparent ou encore Broad City. Dès lors, il n’est plus simplement question de course à l’originalité mais surtout de course à l’addiction. L’immédiateté de la consommation avec le binge-watching, la culture grandissante des spectateurs et leurs exigences nouvelles sont autant de causes qui conditionnent la quête de l’originalité : sans être toutefois désensibilisés comme une lignée de rongeurs ne redoutant plus la mort-aux-rats, nous redirigeons nos fétiches, cherchons de nouveaux extrêmes, à la recherche perpétuelle d’une série plus forte encore que la précédente, mais avec des codes familiers.

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D’après Landgraf, l’abondance de bonnes séries risque d’occulter, de camoufler les meilleures. Ici, l’ambiguïté demeure : comment se définissent les meilleures séries, celles hors-normes, polies comme un diamant brut, si ce ne sont pas celles qui parviennent à conquérir le nombre ? Non pas que la mesure de l’audience confirme nécessairement la qualité d’une série. Mais ne doit-elle pas être un indice révélateur ? Ce morcellement de l’audience peut être ironiquement l’un des aspects positifs de cette redistribution des cartes, pour les producteurs et scénaristes autant que pour les spectateurs. Une série sur la FOX n’a plus besoin de ses 13 millions de foyers pour survivre une année de plus. Dans d’autres circonstances, Halt And Catch Fire n’aurait pas été renouvelée avec les chiffres de sa première saison : d’après son showrunner Christopher Rogers, la série a été sauvée grâce à la vidéo à la demande et au facteur binge-watching qui ont été pris en compte dans le calcul de l’audimat. Aussi, dans d’autres circonstances, elle aurait pu s’accaparer une plus grosse part du gâteau. Justement, alors que la seconde saison de la série s’est achevée il y a peu, vendue comme l’héritière de Mad Men et certifiée du sceau « programme de prestige », l’audience s’est encore érodée (moins de 500 000 spectateurs en moyenne). Et pourtant, les pontes de la chaine méditent encore sur une potentielle saison 3 en raison de son succès critique presque unanime. Même Bloodline sur Netflix, très loin derrière le succès de Daredevil et de House Of Cards a bénéficié d’un renouvellement dès son deuxième épisode pour les mêmes raisons.

Combien de temps cet environnement peut-il reposer sur ses propres fondations ? La réponse est incertaine. La manière dont les spectateurs consomment – et en retour, la manière dont la télévision fait ses rentrées d’argent – évolue plus vite que quiconque ne pourrait suivre ce rythme. A un moment donné, l’inondation des contenus sur le marché sera réfrénée par le manque d’argent (publicité, frais de souscription, téléchargements) pour justifier l’existence de nombreuses séries.

Pour que les prédictions de Landgraf se réalisent, il faudrait cependant un évènement drastique tel que la fin d’une chaine ou d’un service de streaming, ou alors l’arrêt de leurs productions originales pour que chacun puisse à nouveau reprendre son souffle. A l’heure actuelle, une chose est sûre : il est de plus en plus difficile de s’accorder sur les sujets de conversations parce que notre attention est éparpillée sur tant de séries, pas uniquement autour des diffusions contemporaines mais également, grâce à la « rétroactivité Netflix », autour des œuvres délaissées du passé, inconnues des plus jeunes ou de ceux qui auraient manqué le train en route. Ainsi, certains commencent à peine The Wire (mieux vaut tard que jamais, même si David Simon jure du contraire), et ceux biberonnés au lait How I Met Your Mother se mettent à Friends voire Seinfeld.

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En tant que sérievore affamé depuis environ 2004-2005, je me reconnais dans cette sorte « d’anxiété » comparable à l’éternelle frustration du mélomane : il sait qu’il existe des dizaines de milliers d’artistes ou de groupes dans l’histoire de la musique qu’il adorerait, mais au cours de sa vie, n’en découvrira qu’une infime partie et passera à côté d’inestimables trésors. Malgré la réduction des formats (de plus en plus de commandes de 8-10 épisodes par saison, de moins en moins à 22-25 épisodes), le temps manque cruellement pour partir dénicher nos propres perles rares comme c’était le cas dix ans plus tôt. On passe ainsi à côté d’exceptionnelles séries anglaises, australiennes, canadiennes, scandinaves et françaises ! (je me mords encore les doigts d’avoir tant de retard sur les dernières productions d’Arte)

En 2005 par exemple, nous avions Six Feet Under, Deadwood, The Sopranos, The Wire, Carnivale, Rome et Entourage rien que sur HBO, puis Lost, Battlestar Galactica, The West Wing, Urgences, 24, The Shield, Desperate Housewives, Alias, House et autres procedurals comme Les Experts. De sacrés morceaux (même si l’audience n’a pas toujours suivie) qui faisaient l’essentiel de la pluie et du beau temps outre-Atlantique, à côté des réussites british comme MI-5 ou Shameless. L’Europe réagissait avec un temps de latence évident face à une telle maitrise, pour ne surfer sur la vague que quelques années plus tard (on se souvient de Braquo, copie conforme de The Shield), avant d’apposer tant bien que mal sa propre griffe. Les Revenants, Engrenages (qui est bien plus qu’un The Wire à la française) ou P’tit Quinquin représentent cette autonomie créative. Les budgets alloués aux contenus originaux en Europe et Amériques sont encore loin de se tarir pour toujours grappiller un peu plus d’accros. Car aujourd’hui, qui serait prêt à partir ne serait-ce qu’un mois en sevrage ?

Les news séries de la semaine, épisode 22

— Après une petite incursion au cinema dans Need For Speed, Aaron Paul revient à la télé, et non, ce n’est pas un spin-off de Breaking-Bad en Alaska, mais dans une série originale sur Hulu intitulée The Way (titre provisoire). Développée par Jason Katims (Friday Night Lights, Parenthood), Aaron Paul partagera la vedette avec Michelle Monaghan (True Detective) en jouant un couple marié dans la tourmente, dont chaque épisode portera un regard sur la vie qu’ils vivent et celles qu’ils désirent avoir. Bon dit comme ça, ça donne pas forcément envie, mais avec un triple vainqueur aux Emmys, on sait au moins que le casting sera bon.

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— Toujours avec Jason Katims, HBO a commandé Us., un drama d’une heure sur les nombreuses facettes de l’amour et des relations humaines à travers plusieurs personnes qui ne semblent pas connectées les unes aux autres au premier abord. Après Togetherness, la chaine câblée poursuit donc ses projets indie sans grande envergure ni force d’innovation. De quoi s’inquiéter pour son avenir face à l’expansion de Netflix (qui proposera par ailleurs la série de Judd Apatow intitulée…Love). On attend pourtant avec impatience d’en savoir plus sur les deux autres drames en développement chez HBO, The Devil You Know de Jenji Kohan (Orange Is The New Black) et Virtuoso d’Alan Ball (Six Feet Under, True Blood).

— Au royaume des renouvellements, on est plutôt servis cette semaine : Penny Dreadful reviendra nous hanter pour une troisième année, Grace & Frankie reviennent sur Netflix malgré l’accueil assez tiède du public. En France, Bruno Dumont et Arte consentent à une seconde saison de P’tit Quinquin. Et enfin Aquarius, la mini-série avec David Duchovny aura droit à une seconde saison. Par ailleurs, l’acteur confirme à demi-mot une suite à la saison de X-Files actuellement en cours de tournage (dans la mesure du raisonnable précise-t-il, soit 6 à 8 épisodes pour une saison complète).

— Autre témoignage de confiance, Amazon a donné le feu vert pour une troisième saison de Transparent, sa série récompensée par deux Golden Globes, au moment où la saison 2 vient à peine de commencer sa production.

Sneaky Pete, la série développée par Bryan Cranston (Breaking Bad) et David Shore (qui se remet de son échec sur Battle Creek) passe de CBS à Amazon, impliquant quelques scènes à retourner avant la diffusion sur la plateforme.

— L’un des acteurs les plus en vue à Hollywood, Bradley Cooper, s’associe à Graham King et Todd Phillips pour mettre sur les rails l’adaptation du livre à succès de Dan Simmons, Hyperion, vainqueur du prix Hugo. Peu avant l’Armageddon dans une époque où la galaxie entière est en guerre, Hyperion raconte le voyage de sept pèlerins pour trouver les réponses aux mystères irrésolus de leurs vies. Chacun d’entre eux est mué par un solide espoir ainsi qu’un terrible secret…tandis que le sort de l’humanité semble être entre leurs mains…

— R.I.P. Patrick Macnee, alias John Steed. Plus personne ne portera les chapeaux melon de la même manière.

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— Après son travail sur Southpaw, nouveau film coup de poing d’Antoine Fuqua, Eminem va superviser et écrire la bande-originale de Narc, adaptation du film de Joe Carnahan, qui se chargera de l’écriture du pilot. L’histoire de ce polar se déroule à Detroit, une ville chère au rappeur qu’on retrouvait déjà dans le biopic 8 Mile, et plus récemment à la télévision, dans la série Low Winter Sun.

— Loin de se lancer à l’aveuglette…Netflix cherche de sérieux arguments pour sa seconde saison de Daredevil, avec l’arrive du fameux Punisher, qui sera incarné par Jon Bernthal (Shane dans The Walking Dead), en antagoniste principal du justicier masqué après Fisk, rôle un temps confié à Jason Statham. L’ensemble du casting fera son retour pour les débuts du tournage cet été (dont Rosario Dawson) alors que son créateur, Steven S. DeKnight, ne rempile pas.

— Sans véritable surprise, la 55ème édition du Festival de Télévision de Monte-Carlo a rendu son verdict pour le palmarès : How I Met Your Mother, Amour Gloire & Beauté, NCIS font partie des récompensés aux côtés de Gomorra (Nympe d’Or pour un drame de production internationale) et Happy Valley (pour un drame de production européenne), ainsi que Welcome To Sweden (Nymphe d’Or pour une comédie de production internationale) et Lilyhammer (pour une comédie de production européenne). Sarah Lancashire remporte le prix d’interprétation pour Happy Valley et Marco d’Amore pour Gomorra, sans oublier Belen Rueda (De Boca En Boca) et l’ancien mafieux des Soprano, Steven Van Zandt (Lilyhammer).

Homeland vient de débuter récemment le tournage de sa cinquième saison à Berlin afin d’aboutir, comme chaque année, à une diffusion en automne sur Showtime. Comme son mentor Jack Bauer au début de chaque saison, Carrie Mathison a quitté la CIA, encore hantée par les évènements d’Islamabad, et travaille désormais pour une compagnie de sécurité en Allemagne. Saul (Mandy Patinkin) et Quinn (Rupert Friend) seront de retour, bien qu’il faille s’attendre à quelques changements radicaux dans la vie privée de Carrie…

— Triste moment pour les fans d’Hannibal puisque la série ne sera pas reconduite au-delà de sa troisième saison, avec son créateur Bryan Fuller qui s’engage sur American Gods chez Starz. Néanmoins, on pourra se consoler avec une probable résurrection fomentée par Amazon. Du 50/50 selon Fuller…

Peaky Blinders. Saison 3. Tom Hardy. Is. Back. Tout est dit. Amen. Rajoutons quand même que Steven Knight est sur le point de boucler l’écriture du sixième et dernier épisode et que le tournage commencera le 10 septembre à Birmingham. Affutez vos rasoirs !

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La sélection des bande-annonces de juin

Une première sélection de bande-annonces et autres mises en bouche. Wet Hot American Summer joue sur l’effet « found footage » au caméscope des années 90 tandis que le spin-off de The Walking Dead annonce le ton pour la prochaine invasion de zombies…

Wet Hot American Summer (VO)

Sur Netflix à partir du 31 juillet.

Heroes Reborn (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 24 septembre.

Fear The Walking Dead (un extrait en sous-titré)

Sur AMC à partir du mois d’août.

Blindspot (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 21 septembre.

People Are Talking (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 16 octobre.

 

Comment Game of Thrones a pris son public en otage

La saison 1 était plutôt de bonne facture, fidèle aux livres, à ses personnages, et, bien que motivée par le quota de seins à l’écran, était presque puritaine dans son imagerie. Même les quatre morts les plus choquantes se sont faites quasiment sans effusion de sang. Une époque où la suggestion dominait la mise en scène (ces oiseaux qui s’envolent à l’issue de l’épisode Baelor…). La seconde restait très honorable, avec son apogée lors de la bataille de Blackwater et son feu grégeois. Elle introduisait l’arc de Stannis ou encore de Brienne tout en gérant habilement la situation à Port-Réal et Essos. La troisième commençait à prendre plus de liberté, mais tout en préparant le déclin des Stark, se montrait encore une fois fidèle à la première partie d’A Storm Of Swords, notamment dans ce reversement psychologique et affectif à l’égard de Jaime Lannister. A partir de la quatrième saison, c’est là que le bat blesse : tandis que les scènes clés sont globalement réussies (le procès de Tyrion, Oberyn vs La Montagne), les scénaristes et G.R.R. Martin ont commencé à s’inquiéter de ce « train qui arrive à grande vitesse », et ont ainsi commencé à tisser de nouvelles histoires, à éliminer des personnages, à réduire les prophéties et à prendre des raccourcis grinçants. Enfin, la cinquième saison est celle du clivage, de la douche froide, de la déception générale : les fans de la série crient tantôt à la lenteur et au manque de progression des trames, et les lecteurs s’insurgent des violations narratives majeures. Disparition d’intrigues et de personnages forts des livres, déviations incompréhensibles, multiplications des incohérences (des personnages contradictoires avec ceux du livre et inconsistants d’un épisode à un autre)

La formule, nous la connaissons tous désormais. C’est celle, fidèle aux séries du câble, où le paroxysme narratif, le climax de la saison est atteint dans le 9ème épisode, celui qui surclasse tous les autres en terme de budget, avant de résoudre chaque trame et conflits dans le 10ème. [début des spoilers] Cette saison 5 déroge à la règle et nous prend de court : Hardhome avec sa bataille de Durlieu (que les lecteurs déploraient de ne pas avoir eu dans le livre) était épique, un moment comme on en voit qu’au cinéma. Et là, tout est allé trop vite ensuite, notamment la faute au budget (mention aux incrustations cheap de l’envol de Drogon et l’ellipse ridicule de la Bataille des glaces). La fin de saison s’est empressée de conclure les intrigues du livre 5 (et même du livre 6, pour contenter le spectateur qui aurait été sur sa faim si les scénaristes avaient suivi à la lettre la progression d’A Dance With Dragons), dans une grande fin guignolesque, parodique, digne d’une série Z qui prouve que Game Of Thrones n’est devenue que l’ombre d’elle-même.

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Du choc pour du choc, du drame à grand renforts d’hémoglobine en gros plan et de mutilations gratuites. Ainsi, comme Weiss et Benioff l’avaient promis au début de la saison, beaucoup de personnages vivants dans le livre ont été condamnés au cours des dix épisodes. Spoiler ou pas spoiler, se demande le lecteur vis-à-vis du tome 6 ? Au fond, si ce doute permanent (du moins, jusqu’à la publication de The Winds Of Winter) pouvait contenter une partie de l’audimat, l’intérêt de beaucoup de personnes a coulé comme un boulet au fond de l’eau à cause des exigences de la chaine pour fédérer le plus grand nombre : toujours plus d’action, de sang, de sexe, de drame…Comme le plaisir unique – parait-il ! – de la première prise d’héroïne qu’un consommateur cherche inlassablement à retrouver toute sa vie, le spectateur désire retrouver ce frisson incroyable qu’on a tous ressenti lors de la décapitation de Ned Stark. Ainsi, on brûle une fillette, quitte à nous faire détester un personnage que les scénaristes se sont efforcés de rendre plus humain un épisode plus tôt. On imagine de grandes batailles à Meereen entre les fils de la Harpie et les soldats de Ver Gris, faisant passer les Immaculés pour les farouches compagnons de Thierry la Fronde. Les propos de Pierre Serisier sont très justes à cet égard : « On est dans la surenchère permanente, par le nombre des figurants, par la réalisation qui veut tutoyer celle du Seigneur des Anneaux. Ce n’est pas ce qui était attendu par le public, peut-être n’était-ce pas ce qu’il voulait. La disproportion devient la règle, la violence est outrée, y compris dans des scènes anodines qui n’apportent rien au récit. »

Tout le paradoxe de la série est là : les scénaristes brodent et s’inquiètent de la progression de leur histoire par rapport aux livres, mais en même temps, refusent de développer des histoires qui pourraient l’être en plusieurs épisodes (l’élection de Jon notamment), en étendent d’autres inutilement (Brienne qui attend des mois à l’auberge) et perdent un temps fou avec des scènes futiles pour le quota sexuel ou en combats. Il fut un temps où Game of Thrones, c’était une lutte pour le pouvoir (pas avec les plans incohérents de Littlefinger et des téléportations magiques d’un bout à l’autre de Westeros), de la realpolitik, des messes basses et une noirceur toujours justifiée par l’histoire, non l’inverse.

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Alors oui, le tome 4 et 5 se montraient intéressants avec les conspirations politiques à Port-Réal (dont le déclin de Cersei, remarquablement mis en scène dans l’épisode 10) puis l’incapacité de Daenerys à gouverner une ville, mais il manquait cruellement d’action, et ces deux tomes se sont révélés frustrants en bien des points corrigés par la série : Tyrion gravite autour de Daenerys sans jamais la rencontrer, la Bataille des glaces (Stannis contre les Bolton) semble ne jamais arriver, la situation s’enlise à Meereen mais la Targaryen est toujours aussi loin de son trône, et puis les Autres, parlons-en, ne sont pas une menace si tangible à deux livres de la fin. Seulement les auteurs, empêtrés dans la vulgarisation massive de l’histoire, perdent leur objectif de vue. Il y a cet effet papillon qu’évoquait G.R.R. Martin (une décision mineure en saison 3 pouvait se répercuter bien plus gravement saison 5), mais le problème réside surtout dans une mauvaise économie de l’histoire.

L’intrigue de Dorne par exemple, est massacrée au plus haut point. Totalement fictive et plutôt bienvenue au départ, une succession de maladresse narrative et de mauvais choix ont rendu cette trame plus que parodique. Quand les décors devaient ressembler un paysage irakien (il fait chaud, très chaud à Dorne), on débarque sur une dune avec quelques nuages gris dans un plan improvisé qui consiste à s’infiltrer aux Jardins aquatiques, à la vue de tous. Par magie, les aspics des sables entrent en scène au même moment, à se croire dans un quiproquo de La Grande Vadrouille. Doran Martell (Alexander Siddig) devait être introduit comme le personnage majeur de cette saison 5 : un homme d’une cinquantaine d’années qui en fait vingt de plus sous sa couverture, apathique à cause de la goutte, incapable de venger la mort de son frère Oberyn et sans contrôle sur Dorne. Or, en réalité, il est l’un des joueurs les plus brillants aux côtés de Varys ou Littlefinger, avec un coup d’avance sur ses ennemis et un plan bien défini pour gagner le cœur de Daenerys. Rien de tout cela ne transparait dans la série. A la place, des scènes futiles comme Bronn qui convoite la poitrine d’une des aspics. Et les exemples de négligence affluent. Comment font les déserteurs de Stannis pour quitter un camp bloqué par la neige depuis des semaine, avant que la neige fonde ? (en s’échappant avec tous les chevaux hormis celui de Melisandre) Et si la neige fond ensuite, comment Sansa et Theon peuvent-ils sauter des remparts et survivre ? Comment Stannis, à l’avant-garde au début de la boucherie, peut-il finir unique survivant, et cela au milieu des bois ? Quant à Daenerys (perdue dans les hautes herbes dothrakis dans le livre) comment peut-elle ne pas apercevoir les dizaines de milliers de cavaliers du khalasar qui fonçent sur elle ? Un décor qui pourrait être Winterfell, les Iles de Fer, le Conflans, en un mot, qui n’a rien de singulier.

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Je citerais un membre du forum de la saga pour préciser ma pensée sur l’intention des deux auteurs : « Benioff et Weiss sont comme deux cuisiniers qui essaieraient de faire passer un repas médiocre en misant tout sur le dessert, en espérant que le client partira avec le souvenir de ce dernier dans la bouche. Ca ne marche pas tout le temps, ou plutôt, ça commence à se remarquer. » Que reste-t-il donc à faire ? Sauter du navire avant qu’il ne finisse au fond des mers du Crépuscule ? Une séduisante idée, a priori.

Le lecteur que je suis souhaite ne pas se faire spoiler lors de la saison 6, et préfère apprécier le livre avant de juger son adaptation sur le petit écran. En bon optimiste, je pense que The Winds Of Winter sortira lors de la première moitié de 2016, soit peu avant le début de la saison 6, comme le prévoit G.R.R. Martin, ou peut-être peu après. Seulement on imagine mal comment le livre 7 (voire l’éventuel livre 8) pourra conclure la saga avant que la série ne s’en charge. Or, nous savons tous qu’en cette époque de Facebook, Twitter et de potes peu scrupuleux qui viennent crier/partager que tel personnage s’est fait trucider comme un marchand de poisson crie les mérites de son poisson frais, c’est impossible. Nul ne peut ignorer les spoilers avec toute la bonne volonté du monde. Game Of Thrones est partout, tout le monde en parle et son succès est dû en partie par la consommation et la communication immédiate. Car oui, on brûle des petites filles, on tue les commandants de la Garde de nuit, on plante des couteaux dans le ventre d’une femme enceinte (qui n’est justement pas enceinte dans le livre), non pas pour faire de la série un objet esthétique ouvert à l’interprétation, mais un objet uniquement façonné pour choquer et faire parler. Parce que les auteurs savent que leur public a été pris en otage, qu’il reviendra de son gré ou non et continuera à s’inquiéter du sort de leurs personnages favoris, quitte à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

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True Detective saison 2 : faut-il revoir nos attentes ?

Dès dimanche soir, HBO lance la seconde fournée de sa série la plus attendue – aux côtés de Game Of Thrones bien entendu, dont la cinquième saison vient de se terminer – j’ai nommé True Detective. Casting cinq étoiles, Nic Pizzolatto de retour aux commandes, Justin Lin derrière la caméra pour quelques épisodes, tous les ingrédients sont là pour nous offrir une deuxième saison aussi bonne que la première.

Sauf que justement, True Detective est très attendue au tournant. Trop sans doute. Et quand on place la barre aussi haute, avec un duo aussi prestigieux que Woody Harrelson et Matthew McConaughey, il devient presque fantaisiste de s’attendre à une qualité égale, voire supérieure. On vous donne donc quelques raisons de recalibrer vos attentes avant le 21 juin.

1. Parce que Nic Pizzolatto est un enfant du bayou américain, avec son atmosphère si unique, moite et visuelle. L’auteur connaissait la Louisiane comme sa poche et avait construit l’univers de la saison 1 selon son propre vécu (notamment ses expériences mystico-chrétiennes qui ont débouché sur l’ambiance occulte qu’on connait). Pour cette saison 2, il s’est davantage inspiré de ses récentes escapades en Californie, puisque l’auteur vit à quelques kilomètres de Los Angeles dans une bourgade reculée. Il faudra donc s’habituer au changement de tonalité, ce qui entrainera forcément des comparaisons de mieux/moins bien à l’égard de la première saison.

2. Parce que la saison 1 apportait un vent de fraicheur dans un genre qui s’essoufflait un peu à la télévision. Personne ne s’attendait à une telle qualité dans la narration, dans le jeu des acteurs, dans l’esthétique. Cette fois, l’élément de surprise n’est plus à l’avantage de la série, et une pression énorme repose sur les épaules de son créateur.

3. Parce qu’en conséquent, il devient difficile de répéter une formule à succès sans déjà créer un sentiment de lassitude. La saison 1 innovait dans sa démarche narrative, avec l’entrecroisement de trois trames temporelles et le recours aux flashbacks/flashforwards. La gestion de la narration était l’un des atouts l’année dernière, et si elle ne peut totalement être à nouveau employée, Pizzolatto sait que son public attend plus qu’une chronologie linéaire. Avec des personnages aussi complexes et torturés que les siens, vous pouvez donc vous attendre à quelques flashbacks renversants…

4. Parce que HBO a insisté pour réitérer l’un des facteurs du succès de la série, son casting hollywoodien luxueux. Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Kelly Reilly, David Morse, Taylor Kitsch…Un argument de vente louable certes, mais on peut cependant rester sceptique face à ce rassemblement de têtes d’affiches (d’excellents acteurs, on ne dira pas le contraire) qui peut faire clinquant pour peut-être pas grand-chose, si l’intrigue et les psychologies ne sont pas développées à bien. Tout ce qui brille n’est pas de l’or…même si on pressent d’avance que la prestation de Colin Farrell sera unanimement acclamée. True Detective se doit d’être plus qu’une série célèbre pour ses acteurs de classe A, au risque de rendre le reste anecdotique.

5. Parce que les premières critiques américaines restent mitigées à l’issue des trois premiers épisodes. Variety et Hollywood Reporter sont assez acerbes et ne mâchent pas leurs mots. Un premier épisode d’exposition et un début de saison qui met du temps à se mettre en place, notamment à cause de ses trois protagonistes torturés (alcooliques, accros au jeu et impuissants…), trois flics qui ne se connaissent pas et qui finissent par collaborer sur un même meurtre. Une série d’anthologie peut-être, mais peut-on s’attendre à ce que Pizzolatto réutilise certains de ses personnages dans les saisons à venir pour mieux étendre leurs histoires et fidéliser les spectateurs ?

Nouveaux lieux, nouveaux personnages, nouvelle époque, nouveau réalisateur…on repart à zéro et pourtant, on est prêts à parier que Pizzolatto a su instaurer une continuité et une cohérence dans son œuvre, avec cette empreinte si singulière, avec un art de la narration et du dialogue, un montage et une réalisation qui sont uniques en leur genre. Rendez-vous le 21 juin donc, pour en avoir le cœur net.

2007 – 2015 : Mad Men, la fin d’une ère

La série culte sur le publicitaire de Madison Avenue est arrivée à son terme, après huit ans de bons et loyaux services. Après quelques jours de gestation/fermentation de l’épisode final Person To Person, il est temps de livrer une impression sur cet épisode, sa fin, sur cet homme autrefois énigmatique nommé Don Draper et plus généralement sur la série elle-même, en recoupant également quelques commentaires trouvés sur la toile ces derniers jours. Attention Spoilers.

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La fin d’une série auréolée d’un prestige à la fois populaire et critique a toujours été l’exercice le plus périlleux pour son créateur, même quand il s’agit d’un scénariste aussi talentueux que Matthew Weiner, après avoir fait ses armes auprès de David Chase sur Les Soprano. Un series finale comme celui des Soprano justement, de Lost, de Breaking Bad ou de Mad Men, se prête toujours à un puissant choc collatéral entre deux visions : les attentes bien singulières de chaque spectateur à l’égard de leurs personnages préférés, des résolutions espérées et des mystères dénouées, et puis l’attente, longuement murie, d’un créateur envers sa créature, de ce qui parait le plus fidèle à l’âme de sa série, quitte à finir sans prises de risque. En vérité, le facteur décisif est de s’interroger sur la manière dont une série devrait (should en anglais, un verbe que l’on entend beaucoup au cours de l’épisode) se terminer, et non pas comment on souhaite qu’elle s’achève.

Au cours du processus de deuil, on n’est jamais pleinement satisfait de la manière dont les choses se sont terminées avec l’être perdu. Tout l’intérêt du processus réside justement dans notre habilité à faire la paix avec cette idée (à aller de l’avant en tirant un trait sur les « et si… »). Ainsi, après la fin du final, j’ai pu ressentir tour à tour déception, frustration et même colère. J’espérais voir Don rentrer sur New-York, nous offrir une dernière scène poignante avec Kiernan Shipka plutôt qu’une conversation téléphonique, et une autre avec Elizabeth Moss aussi sublime que celle dans l’épisode 7×06, The Strategy (le fameux slow sur My Way, qui aurait pu conclure la série en un sens), sans parler de Pete, dont la relation avec Don a toujours été au cœur de la série, ou de Sally, puis Roger…Or, l’épisode sort de sa zone de confort et n’y retourne jamais. Peut-être parce que même en emmenant Don si loin de chez lui, Weiner nous montre que fuir à l’autre bout du pays n’allait pas le changer au plus profond de lui-même. Cette fin que chacun de nous imaginait aurait-elle réellement été une issue raisonnable et logique à la quête de Don Draper ? Là encore, le spectateur est souvent déchiré dans un conflit récurrent à la fin de toute série : nous ne voulons pas d’une fin où tout le monde finit six pieds sous terre, ou malheureux, ou solitaire à jamais, nous aspirons à la résolution de la catharsis du/des personnage(s), mais sans que celle-ci soit trop aisée, trop attendue, car il faut toujours que le personnage laisse une partie de lui-même derrière lui, que l’aspiration au bonheur ait un prix, exige des sacrifices, sans quoi on ne peut jamais vraiment s’y identifier.

Écrire une ultime critique sur cette merveilleuse œuvre télévisuelle, avec ses hauts et ses bas, s’avère également être un exercice périlleux pour moi, car je me souviens encore de ma toute première critique à l’issue du pilot diffusé sur AMC. Huit ans de maturation, beaucoup pour chacun d’entre nous. Matthew Weiner a évolué en même temps que ses personnages et que son public. Lors de mon premier visionnage, en 2007 donc, j’avais trouvé le pilot d’une lenteur lascive, car je manquais sans doute de clairvoyance nécessaire à l’appréciation d’une série aussi finement écrite. J’ai donc arrêté, puis repris quatre mois plus tard. Cette fois-ci, la magie a opéré, et Smoke Gets In Your Eyes est devenu pour moi un modèle d’écriture, d’humour, de rigueur et de fascination (NB : clin d’oeil du destin au moment où j’écris ceci, sur les 13 000 morceaux enregistrés sur mon disque dur, mon lecteur audio joue la chanson Smoke Gets In Your Eyes…). Je retiendrais une phrase prononcée par Lee Garner Jr de Lucky Strike dans le pilot, dont l’écho est particulièrement retentissant dans Person To Person : « le bon côté des choses, c’est qu’au moins, si nous avons ce problème, tout le monde a un problème » (ici à l’égard des études sur les effets néfastes du tabac).

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Dans Severance, le premier épisode de cette seconde partie de saison, Ted Chaough dit à Don : « Il y a trois femmes dans la vie de chaque homme. » Dans ce final, Don appelle chacune de ces trois femmes, à chaque fois en ayant un aperçu de cette vie qu’il a laissé derrière lui. Tout d’abord à Sally, à qui il promet d’être là pour l’aider à surmonter le cancer de Betty de la même manière qu’il tentait de sauver Anna Draper après son diagnostic. « Vous allez tous vivre avec moi » lui dit-il, mais ce n’est pas ce qu’il souhaite réellement. C’est ce qu’il pense qu’il devrait faire. En réalité, Sally a déjà investi le rôle de l’adulte, douée de maturité et dotée d’un objectif. S’il apprend de sa part que sa famille recomposée n’a pas besoin de lui, il apprend ensuite, de Betty cette fois, qu’il n’est surtout pas désiré. Elle veut, pour Bobby et Gene, une femme dans leur vie, et pour l’instant, Sally s’est accaparée ce rôle pour quelques temps. « Je veux garder les choses aussi normales que possible, et toi qui n’est jamais là, ça en fait partie » insiste-t-elle, car seule l’absence de Don est une constante réelle. Il a toujours fui ce modèle de normalité, s’est retiré vers ses fantaisies ensoleillées et/ou dans les bras d’une femme en supposant qu’il pouvait toujours revenir vers eux, être un père modèle et restaurer l’équilibre dans la famille. Cette réalité s’est dissipée depuis longtemps déjà. Don a simplement créé son propre modèle de normalité, mais un modèle dont il n’est plus inclus depuis des années.

C’est cet effacement de sa propre vie, dépossédé de tout ce qu’il avait (à commencer par ses meubles puis son appartement) qui l’affecte profondément lorsqu’il appelle finalement Peggy. Rendu libre de toutes ses obligations, Don est marqué par la vacuité de cette âme solitaire qui subsiste, se demandant ce qu’il lui reste : « j’ai rompu mes vœux. J’ai offensé mes enfants. J’ai pris le nom d’un autre homme et je n’en ai rien fais. » Ni honneur, ni héritage, ni identité. S’il venait à disparaitre à cet instant, il ne laisserait rien derrière lui. Un parallèle terriblement évocateur de la fin de deux autres mégalomanes désarçonnés qu’ont été Nucky Thompson et Walter White. Toutefois, Peggy tente toutes les techniques pour le sortir de cet état. Elle le rassure, « tu peux rentrer à la maison », en contraste avec les mots de Sally et Betty, puis le nourrit de gloire « ne veux-tu donc pas travailler sur Coca Cola ? », et enfin affecte une instruction maternelle, « Don. Rentre à la maison. » Peggy voit toujours une place pour lui là-bas, comme si en un sens, Don l’avait appelé pour être rassuré à ce sujet, et comme il ne rejette pas exactement l’idée (« on se reparle bientôt »), on peut supposer qu’il retourne à McCann après sa retraite dorée.

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Au début de l’épisode, sous les draps avec l’une de ses conquêtes qui lui demande à qui appartient la bague léguée par Anna Draper, il lui répond : « N’allais-tu pas la voler ? », alors pourquoi se soucier de son propriétaire ? La remarque fait pourtant écho à sa propre tragédie, sans qu’il ne le réalise : il a volé le nom de Don Draper sans se soucier de son origine, et pourtant avec le temps, il a fini par s’investir profondément dans son passé. En rendant la bague, relique d’héritage à Stephanie, il espère ainsi payer sa dernière dette et faire comme s’il n’avait jamais changé le cours des évènements. Plus tard, après la thérapie en Californie, Stephanie rejette la possibilité d’oublier son passé et d’aller de l’avant. Malgré ses nombreuses tentatives, Don échoue à se connecter aux autres, et ne le fait que par voie interposée (au téléphone, à hanter ses proches comme un écho du passé). Dans l’exercice thérapeutique de « personne à personne » (d’où le titre), il doit s’arrêter devant une personne et lui signifier par des gestes ce qu’il ressent à son sujet. Là encore il échoue, balayant la pièce de son air consterné. Frustrée de son irrésolution, la femme en face de lui le repousse vigoureusement. Elle résume ainsi en une séquence les incalculables échecs relationnels de Don tout au long de sa vie.

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Et puis vient Leonard (décrit par Matthew Weiner comme le personnage le plus important de l’histoire !). Si Don passe la majeur partie de l’épisode à essayer de faire ce qu’il pense devoir faire (être auprès de ses enfants, subvenir aux besoins de Stephanie), Leonard parle d’un devoir cette fois-ci ancré en chacun de nous, celui qui implique de devoir aimer et d’être aimé. « On passe toute sa vie à croire qu’on ne vous donne pas d’amour. Avant de se rendre compte qu’ils essayent, mais qu’on ne sait même pas ce que c’est. » Un discours qui capte l’attention de Don à cause de cette situation d’isolation qu’ils partagent, non pas parce qu’ils ne parviennent à donner de l’amour, mais parce qu’ils ne parviennent à le recevoir. Le rêve que Leonard évoque est une métaphore parfaite du purgatoire que traverse Don depuis le début de la série. Il est entouré d’images séduisantes du bonheur, un bonheur qu’il vend au consommateur, tout en portant le fardeau de ne pas pouvoir le rendre réel. Il sait décrire cette joie à laquelle il aspire – il a même construit sa carrière grâce à ce talent – mais ne peut simplement pas y gouter lui-même. Cette fois, il parvient à se connecter pour la première fois en prenant Leonard dans ses bras. C’est alors que la scène finale nous montre Don chantant en harmonie avec son groupe de méditation. « Un nouveau jour annonce un nouvel espoir. Les vies que nous avons menées, les vies qu’il nous reste à mener. Un nouveau jour. » Une vision de sérénité et d’harmonie qui inspire à Don l’idée de la pub « Buy The World A Coke », chose suggérée par le fondu entre le gros plan final sur son visage et la célèbre pub imaginée par Bill Backer et Billy Davis, puis confirmée par la ressemblance entre certaines personnes que Don a rencontré au cours de son séjour et celles présentes dans la pub. Comme la fille aux rubans.

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Une théorie qui se fonde sur le retour de Don à McCann donc, la seule « maison » qui veuille encore de lui, appliquant sa nouvelle philosophie positive pour produire la parfaite publicité iconique. Don a désormais compris qu’il n’était pas seul dans sa solitude, comme si, par extension, sa peine intérieure pendant les dix années précédentes était la manifestation latente d’un mal qui a perverti la culture et la société de consommation. On ne pourra pas reprocher à Weiner de ne pas avoir été en adéquation avec ce qu’il a toujours voulu faire de sa série. Le générique nous dépeint très exactement ce voyage et présage même l’immense difficulté de Don à pouvoir changer. En sept saisons, nous avons vu Don promettre qu’il ne serait plus infidèle, promettre de ne plus en faire voir de toutes les couleurs à Peggy, promettre d’être plus impliqué dans la vie de ses enfants, et nous l’avons vu honorer ces promesses…pendant un temps. Avant qu’il ne retourne inexorablement à ses solutions de facilité. Le générique de la série ne montre pas la chute d’un homme qui s’est dissipé au point de n’être plus qu’une ombre. Du moins, pas uniquement. A la dérive parmi les simulacres d’une vie idéalisée qu’il a contribué à créer au nom du capitalisme, cet homme chute mais retombe finalement sur son fauteuil de roi, contemplant avec assurance des perspectives nouvelles

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Caressé par le soleil couchant (la symbolique certes assez stéréotypé du fin qui augure un nouveau jour), Don est à contrejour, silhouette sombre, coquille creuse exactement comme l’homme du générique. Il se trouve au bord d’une falaise (tandis que dans le générique il tombe d’un gratte-ciel) mais finit par retrouver sa place dans le monde. Le thème du renouveau, du cycle, de la révolution, est ainsi suggéré dès les premières secondes de Mad Men. Frustrant peut-être, pour le spectateur, car cela peut passer pour de la facilité narrative, par opposition à la charte du scénariste où tout personnage de série dramatique doit être amené à évoluer. Il faut ici admettre, assez cyniquement, que l’évolution de Don tient en réalité de la révolution, soit une légère variation de ce qu’il a été avant, mais qui suppose à chaque fois une altération presque imperceptible. L’image de la spirale en quelque sorte, qu’on retrouve dans la scène d’ouverture du 3×01 (Out Of Town) avec ce plan prémonitoire sur la cuisinière à gaz.

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A vrai dire, dès le pilot, on nous vend ce personnage qui plonge dans les anxiétés profondes de la psyché américaine et qui, une fois intégrées, infuse ses publicités d’un espoir qui contrebalance avec elles. Il marchande ces nouveaux rêves jusqu’à ce qu’ils se révèlent inappropriées et puis le cycle redémarre. C’est pourquoi Don aime les débuts d’histoire. Fantaisies, espoirs et fantasmes sont possibles au début d’une histoire, avant qu’ils ne perdent de leur éclat. « Don aime les étrangers, a explicité Matthew Weiner. Il aime avoir le dessus sur eux, il aime les séduire. C’est pareil pour la publicité : « nous allons faire un bout de chemin ensemble et puis alors nous nous connaitrons. » Et une fois qu’on le connait enfin, o ne l’aime pas. » Maintenant que la vision de parfaite harmonie s’est insinuée au cours des sixties, Don recherchera à convaincre les consommateurs que ses produits feront une différence entre l’idéal et la réalité : Coca-Cola apprendra au monde à chanter. Dès lors, Don est l’incarnation de ce processus durant lequel notre système de consommation produit, soutient puis discrédite les visions d’un monde meilleur. Si Don sourit sur ce dernier plan, c’est parce que cette routine d’aspiration, de déception puis de renaissance fait enfin sens. Mad Men ne s’achève pas sur des conclusions, mais sur des commencements. Peggy (& Stan), Joan, Pete, Roger…on ignore combien de temps ces fondations nouvelles peuvent tenir, propos latent derrière ce happy-end mi-figue mi-raisin, car ces rêves peuvent persister ou s’éroder, aboutissant sur de nouveaux publicitaires fringants parés à faire leur beurre sur les espoirs déchus de l’Amérique.

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Quelque part, la rédemption ne réside-t-elle pas dans l’acte de créer quelque chose d’universel qui touche les gens ? Le propos vaut autant pour Don Draper que pour son créateur. On se rappelle le tout premier plan de la série. Don apparait de dos, comme étant d’abord l’homme sans visage, l’homme qu’on ne nous montre pas et qui refuse d’être accessible. Ce plan contraste avec le tout dernier : cet homme nous est offert tout entier, si transparent et compréhensible que la caméra s’approche au point de pénétrer son intériorité et nous faire partager cette vision de la pub Coca-Cola. Malgré cette approche cynique (après tant de progrès, de remises en question et d’abandon total de ses possessions, Don est retourné au point de départ), le spectateur aspire au bonheur pour ses personnages favoris, prêt à renier les preuves du contraire. Il aspire à croire que ces personnages peuvent transcender leurs faiblesses, briser les cycles destructeurs (Lost plus que toute autre série !) et ainsi tourner à profit le temps que nous avons investi en eux, comme une relation à sens-unique dont le spectateur attend néanmoins une faveur. A la question « Don a-t-il écrit cette publicité ? », la réponse semble, en apparence, relativement évidente, sans toutefois lever le doute (une leçon bien apprise de David Chase…) La réelle question serait plutôt : « qu’est-ce que cela implique pour Don ? ».

Et là, la réponse prête à débat, pareil à un test de Rorschach pour les spectateurs. Nous pouvons en faire un voleur d’identité(s) cynique à tout jamais, ou un homme en paix avec lui-même et sa carrière. Ou même quelqu’un qui n’a rien à voir avec la publicité Coca (sans oublier qu’il a pu influencer Peggy à la réaliser). Renoue-t-il avec sa famille ? Va-t-il vivre une histoire sentimentale qui n’est pas vouée à l’échec ? Ou va-t-il sans cesse reproduire le même cycle encore et encore ? Jon Hamm a pourtant confirmé nos craintes ou nos espoirs, malgré le refus de Weiner a attribuer la campagne Coca-Cola à son personnage fictif. Selon l’acteur, la publicité finale annonce aux spectateurs que Draper est retourné à McCann-Erickson à New York, porté par une créativité transformée, et qu’il est bien responsable de la fameuse campagne, inspirée de son expérience au sein de ce groupe de thérapie en Californie. Mais on se rappelle également des propos de David Chase, réfutant que Tony Soprano avait été assassiné. Cela n’a jamais empêché un bon nombre d’irréductibles convaincus du contraire. Fins ouvertes, test de Rorschach, interprétations suggestives…les saisons passent et pour les séries aussi, le cycle semble se renouveler.

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Observations générales :

– En tant que français, nous sommes en droit de nous offusquer face au choix peu judicieux de caster une anglaise, Julia Ormond, pour incarner Marie Calvert, une québecoise avec un accent à couper au couteau. Mad Men s’est distingué pour son soin particulier des détails, sa rigueur singulière, et on accepte mal ce genre d’hérésies qui, en tant que francophone, produit une suspension de la croyance du spectateur. Par ailleurs, plusieurs personnages âgées aujourd’hui de cinquante ans environ évoquent leurs souvenirs de la publicité de Coca en 1971. D’après eux, ajuster leur crédulité de spectateur à la possibilité que Don puisse avoir créé la publicité a été impossible, causant également une suspension de croyance à cause de cette immersion arrangée de la fiction dans le réel (et inversement).

– Le titre de la série est une formidable trouvaille polysémique de la part de Weiner. Mad Men, ce sont les « Madison Men », les hommes de Madison Avenue bien sûr, un jeu de mot avec « ad-men« , les publicitaires, puis « mad men« , les hommes fous. On peut également y trouver une connivence avec le terme « self made-men« , soit ces hommes qui partent de rien et parviennent à se faire un nom et une réputation, à l’image de cet homme qui a passé son enfance dans un bordel, et s’est hissé au sommet de la hiérarchie des créatifs de la publicité.

– Le cas des autres protagonistes a été peu évoqué dans l’article, et ce n’est pas faute d’avoir apprécié leurs « fins » respectives, quoique ponctuées par un montage musical court, prévisible mais bienvenue. L’évolution de Joan s’est avérée remarquable, et comme l’a souligné Weiner, le personnage a largement dépassé les cadres qui lui ont été imposés lors de la première saison en étant désormais le visage du féminisme américain des années 1970. Roger Slattery, pour le mentionner furtivement, nous a encore gratifié de répliques de grande classe et nous manquera énormément. Peggy a droit à son dénouement heureux, et si quelqu’un était en droit de l’avoir, c’était bien elle. Elizabeth Moss a prouvé a maintes reprises qu’elle est l’une des actrices les plus brillantes de sa génération. Enfin Pete, qui, après avoir vécu dans l’ombre de Don Draper, a réussi à tirer sa propre épingle du jeu et a su saisir l’opportunité qu’il méritait. Des adieux à Peggy sans larmes, sans référence à leur enfant, mais tout en simplicité, sans forcer le trait. Vincent Kartheiser sera heureux de retrouver sa pilosité capillaire habituelle.

Brève : Game Of Thrones, la comédie musicale

Viendra le jour où Broadway s’emparera de l’oeuvre culte de G.R.R. Martin pour la transposer sur ses planches, avec des dragons tirés par des harnais et un nain qui ne remplacera jamais Peter Dinklage dans nos coeurs. En attendant, la NBC a eu la brillante idée de réunir une partie du casting de Game Of Thrones pour un faux making-of de comédie musicale pour le Red Nose Day, qui visait à rassembler des fonds pour la lutte contre la pauvreté chez les enfants.

Accompagnés par les membres de Coldplay (dont le batteur avait participé aux terribles Noces Pourpres), les acteurs ont fait l’étalage de leurs qualités vocales à travers différents styles de musique, que ce soit la « ballade romantique incestueuse » de Nikolaj Coster-Waldau (Jaime Lannister), le reggae inspiré d’Emilia Clark (Daenerys Targaryen), le trio acoustic entre Alfie Allen (Theon Greyjoy), Iwan Rheon (Ramsay Bolton) et Charlotte Hope (Myranda), le rock de Kit Harrington (Jon Snow) ou encore la soul de Peter Dinklage (Tyrion Lannister).

D’ici là, on attend avec impatience la comédie musicale mariachi sur Breaking Bad, qui devrait définitivement faire un tabac :

 

 

Interview : Rencontre avec GussDX le chasseur de fantômes

A l’occasion du BGF on a pu interviewer GussDX, un Youtuber dont la spécialité est les vidéos d’enquêtes dans des lieux dit « hantés ». Cette interview nous a permis de revenir sur certains point de sa carrière.

© Mandora

Guss au Bordeaux Geek Festival

Un Jour : Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Guss : Je fais une émission qui s’appelle Chasseur de Fantômes qui est diffusée sur Viméo en location puis sur YouTube gratuitement dans laquelle je vais seul dans des endroits possiblement hantés équipé de tout un tas de matériel, de caméras, de capteurs divers et variés, pour tenter de filmer, voir et rapporter ces phénomènes qui arrivent à beaucoup de monde : entendre des voix, des bruits, des choses comme ça, et j’en fais des émissions.

Tu es passé de Minecraft à Chasseur de Fantômes. D’où t’es venu l’idée de visiter des endroits hantés ?

C’est vrai que c’est pas vraiment la même chose. J’ai toujours été passionné par le domaine du paranormal depuis très longtemps, donc c’est quelque chose qui m’intéresse et même dans Minecraft j’avais créé une émission qui s’inspirait des chasses aux fantômes.

J’ai découvert ça avec R.I.P. ou Ghost Adventures. Je trouvais ça juste génial et je me suis toujours dit « J’adorerais faire ça« . Partir avec une équipe du matériel dans des endroits qui pourraient être hantés et voir si effectivement ça existe, s’il y a des fantômes et je trouvais que c’était un super concept d’émission et qu’en plus, à vivre, il y avait une forme d’aventure un peu moderne qui m’intéressait vraiment. Après je me suis dit aussi que j’aurais peut-être pas le courage, le matériel et les moyens de le faire donc j’ai laissé ça de côté et je me suis dit que j’allais adapter ce format dans Minecraft. Et avec quelques mods et quelques astuces de montages, j’ai fait des épisodes de fausses chasses aux fantômes en ayant toujours cette idée en tête de vouloir partir avec mes caméras.

https://vimeo.com/ondemand/chasseurdefantomes

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire des vidéos ?

C’est marrant cette question parce qu’en fait c’est vrai qu’il n’y a pas de calcul, j’ai jamais eu vraiment envie de le faire mais les chose m’ont amené à le faire. Et en même temps je m’y sens très bien. Donc qu’est-ce qui m’a poussé à le faire ? Je dirais que c’est un peu les coïncidences et la force des choses. J’avais fait une webradio où je parlais de jeux vidéo et on m’a toujours dit que ça ne collait pas car il manquait la vidéo. Alors j’ai fait de la vidéo.

Quelle est, pour toi, la raison de ton succès ?

Pour répondre à ça en restant modeste ça va être chaud (rires). Alors mon succès, je bosse énormément, je suis hyper méticuleux, je laisse rien au hasard dans mes montages, dans le sens où je fais ce que j’aimerais voir. Y a pas de secret : c’est du boulot, c’est énormément de travail… (A part : « Ça m’oblige à me la péter, elle est horrible ta question« )

Est-ce qu’il y a des YouTubers qui vous ont influencé ? Vous parliez tout à l’heure de Ghost Adventures par exemple.

Oui c’est une source d’inspiration mais c’est plus une source d’envie de faire. Effectivement je pense que je me retrouve comme eux avec une caméra infrarouge dans le noir à la recherche de manifestations donc forcément il y a une ressemblance mais de là à m’inspirer… En fait mon concept de chasse au fantômes s’inspire aussi d’Antoine de Maximy (J’irais dormir chez vous) le fait qu’il ait une petite caméra et qu’il se filme. Enfin encore une fois je me suis pas vraiment inspiré, mon concept est né de plein de choses, après il n’y a pas de copie ni de plagiat. J’ai vraiment réussi à faire quelque chose de personnel et qui est assez unique.

Est-ce qu’il y a des vidéastes avec lesquels tu aimerais collaborer ?

Non… Enfin… J’ai une vraie passion pour ce que je fais aujourd’hui, des enquêtes paranormales, et au delà de la vidéo, j’aimerais beaucoup faire des enquêtes avec certains oui : les gens de R.I.P et pourquoi pas Zak Bagans (Ghost Adventures) mais là on peut toujours rêver. D’autant que j’ai un anglais au ras des pâquerettes. Mais au fond, je suis assez solitaire que ce soit dans mes chasses au fantôme ou dans la vie de manière générale.

Quel est l’endroit qui a été le plus effrayant dans vos chasses aux fantômes ?

Ils l’ont tous été. C’est à chaque fois c’est un défi, de s’immerger dans le noir et faire en sorte que ces choses se manifestent, ça fait peur.

Avez-vous déjà refusé d’aller sur un lieu par peur ?

Non.

Quel est lieu où vous avez ressenti le plus de choses ? Celui qui vous a paru le moins normal ou explicable ?

A chaque fois il se passe des choses, j’ai l’impression que c’est pas normal. Premier épisode, rien ne m’a semblé normal surtout que je m’attendais surtout pas à ce qu’il se passe des trucs comme sentir une pression sur mon épaule. L’épisode 2, ça a été le dépassement de tout, j’ai vécu la plus anormale de ma vie. Mais au delà de l’épisode, sur les semaines qu’ont suivi aussi puisque ça s’est répercuté sur les jours suivants. Chaque fois il y a des choses complètement anormales et ma dernière enquête n’en parlons pas. J’ai mis un terme au bout d’une heure et demi.

Pour vos vidéos à 2€ sur Vimeo, comment vous investissez-vous de l’argent ?

Alors c’est mon salaire. C’est ce qui me permet à moi, ma femme et mes 3 enfants de vivre aujourd’hui -ma femme a arrêté de travailler pour des raisons de santé -. Mon choix a été de réussir à continuer à faire cette émission et je m’en sers donc en partie pour vivre – comme tout le monde – et l’autre partie, qu’est assez conséquente, pour acheter du matériel. D’épisode en épisode il y a de plus en plus de caméras. J’avais une caméra thermique bas de gamme et là je viens d’investir pour avoir une caméra thermique digne de ce nom vraiment précise. Je suis aussi allé à Fougeret avec une personne qui m’a accompagné, j’ai pris en charge l’hôtel, les frais de déplacement, de restauration et l’air de rien t’arrives à 300€. J’investis énormément d’argent dans le matériel. Je suis aussi auto-entrepreneur pour déclarer cet argent que je gagne et il y a aussi une partie qui part en charge (dans le RSI, etc.)

Avez-vous des projets prévus sur d’autre formats ?

J’ai énormément d’idée. Là par exemple j’aimerais faire une petite vidéo où je présente le matériel (les caméras thermiques, les pods EMF, …), comment ça se déclenche, pour quelles raisons. J’aimerais faire ça mais bon… c’est qu’une question de temps. J’ai aussi un truc qui me trotte dans la tête mais ça serait pour dans quelques années : j’aimerais vraiment faire un film mais qui serait une fiction basée sur les faits réels de peut-être ce que j’ai vécu mais avec des effets spéciaux et ça serait vraiment une fiction et qui – pourquoi pas – reprendrait mes chasses aux fantômes mais pour un format de film. Pourquoi pas une web-série sur ce format là ?

Les news séries de la semaine, épisode 21

Avec les upfronts et la récente vague d’annulation/reconduction des séries qui ont occupé l’actualité, les nouvelles ont été plus timorées au cours des deux dernières semaines en termes de casting et d’annonces de développement. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas pour autant que le reste de l’actualité est au point mort, la preuve avec les news de la semaine !

– Double bonne nouvelle pour le retour de Twin Peaks. Après avoir annoncé son départ pour d’obscures raisons financières, David Lynch aurait trouvé un terrain d’entente avec Showtime et dirigera bien les épisodes de la nouvelle saison. Neuf épisodes prévus au départ qui deviennent finalement dix-huit épisodes, pour une saison aussi longue que la précédente et qui sera divisée en deux parties. Le tournage commence dès septembre aux abords de Seattle. A noter que le compositeur fétiche de Lynch, Angelo Badalamenti sera bien de retour lui aussi. Allez, cette fois vous pouvez sabrer le champagne.

Justin Lin, réalisateur de Fast & Furious devrait passer sur le petit écran en signant chez Cinemax afin de réaliser la série dramatique Warrior d’après une idée originale du maitre des arts martiaux Bruce Lee. Cinemax fait appel à sa main d’œuvre puisque c’est Jonathan Tropper, le co-créateur de Banshee qui a pris en charge l’écriture du pilot, selon les notes de Bruce Lee. Une sombre histoire de vengeance, d’un expert en combats guetté par la corruption et d’une vague possibilité de rédemption…Le petit dragon n’a pas dit son dernier mot !

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– Enfin une date pour la prochaine mini-série de David Simon (The Wire), après le succès de Generation Kill : Show Me A Hero sera diffusé sur HBO dès le 23 aout à raison d’un épisode par semaine jusqu’au 27 septembre. Basé sur le récit de Lisa Belkin, cette histoire suit la polémique autour de Nick Wasicsko (Oscar Isaacs), très jeune maire de Yonkers, dans l’Etat de New-York, qui se retrouve poussé au milieu d’un conflit racial après avoir consenti à une manœuvre politique et immobilière dans l’un des quartiers blancs de la ville, ce qui finit par la diviser jusqu’à en paralyser le gouvernement. Plusieurs guest-stars sont à attendre, tels qu’Alfred Molina, Winona Ryder ou encore James Belushi, avec, à la caméra, le non-moins connu Paul Haggis.

The Bastard Executioner, nouveau drama shakespearien sanglant de Kurt Sutter (Sons Of Anarchy) vient d’obtenir officiellement le feu vert de FX pour une commande de dix épisodes après la fin du tournage du pilot au Pays de Galles.

– Si John Stamos participera bien au retour de La Fête à la Maison (Full House, qui devient Fuller House), les sœurs Olsen ne devraient pas rejoindre la fête d’après une déclaration de la chaine. Forcément vingt ans plus tard, difficile de croire que Michelle Tanner puisse être aussi chou qu’avant non ?

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– Le crossover entre Arrow et The Flash devient un évènement annuel selon la CW. Contentée par les audiences positives de l’épisode et celle des séries respectives (3,87 millions pour le final de The Flash), la chaine souhaite remettre ça au cours du quatrième trimestre de chaque année. D’ici là, la saison 2 de The Flash pourrait bien répondre aux attentes des fans après les mystères que suscite la fin de la saison 1.

The Walking Dead ? Meh. iZombie ? Meh. Z Nation ? Meh. Le sujet est à la mode, c’est bien joli, mais on est encore loin du maitre du genre, George A. Romero. Bonne nouvelle pour ceux qui sont en manque de gore puisque le comic book de Romero, Empire Of The Dead, sera adapté à la télévision, et par son auteur en personne ! Pas plus d’infos pour le moment, mais difficile de ne pas s’en réjouir…

– Les américains ont Kevin Spacey pour incarner le machiavélique Frank Underwood. En France, la prochaine production de Netflix intitulée Marseille (un House Of Cards à la française donc) pourrait se reposer sur le charisme de…Gerard Depardieu, à en croire Europe 1. Sans être exactement un remake de la série originale, la thématique du politicien corrompu aux dents longues sera bien le point de départ de cette production française menée par Dan Franck (scénariste de Carlos). Purement spéculatif pour le moment, mais un choix qui resterait crédible puisque les américains souhaiteraient offrir un « visage français à la France. » Manque plus que la baguette, le béret et la bouteille de vin (l’argument ultime pour convaincre Depardieu sans doute) pour en faire la parfaite série de carte postale.

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– Le trailer de Sense8, nouvelle série des Wachowski est tombé il y a quelques jours. De la poudre aux yeux ou véritable futur hit de Netflix ?

Le Big Four (ABC, NBC, CBS, FOX) : quel avenir pour les séries ?

Après notre article sur l’avenir des séries avec l’émergence des studios comme Netflix ou Amazon, penchons-nous désormais sur les stratégies choisies par les networks lors des derniers upfronts. La saison 2014-2015 s’est avérée réussie en termes d’audiences et de renouvellements pour le Big Four. D’après une étude menée par Variety, le taux de renouvellement des séries introduites durant la tranche septembre-mai est le plus élevé depuis la saison 2009-2010 pour ces chaines à l’exception de CBS.

  • ABC a renouvelé 7 nouveautés sur 11 (3 sur 14 en 2013-2014).
  • La CBS a renouvelé 5 nouveautés sur 8 (2 sur 8 en 2013-2014).
  • La FOX a renouvelé 3 nouveautés sur 8 (2 sur 8 l’année dernière).
  • La NBC a renouvelé 1 nouveauté sur 10, dont 2 en attentes (3 sur 11 l’année dernière).

Est-ce réellement un indicateur de qualité et de défis relevés ou est-ce que cela démontre un embarras à s’affranchir de séries trop moyennes sans bien savoir comment y remédier ? Cherche-t-on à imposer coûte que coûte une fidélité aux networks quand les audiences s’égrènent toujours plus face aux plateformes de streaming/vidéo à la demande ? La tendance est à une consommation différée et singulière selon le spectateur, qui ne souhaite plus s’ajuster à l’horaire imposé de l’épisode exclusif ou de sa rediffusion. Ainsi, les chaines du Big Four semblent effectivement à la peine, bien conscientes que leurs jours sont comptées à l’égard de leurs séries originales.

« Vous n’êtes pas seulement en compétition contre les nouvelles séries du câble ou sur internet ; vous êtes en compétition contre toutes les séries qui ont pu exister » a affirmé Jonnie Davis, président des affaires créatives de la 20th Century Fox TV, fier du hit inattendu qu’a été Empire et la comédie innovante The Last Man On Earth (enfin…son pilot en tout cas). Le volume de séries qui obtiennent leur feu vert s’est ainsi stabilisé : 41, sans prendre en compter celles développées pour cet été.

Ainsi, d’un point de vue qualitatif, les producteurs affirment que le plus gros challenge reste d’offrir des séries qui ne sont pas uniquement bonnes mais qui peuvent également sortir du moule (ce qui est le cas avec Empire). Un argument de poids quant il s’agit d’imposer une stratégie marketing face à la multitude de choix qui s’offre aux spectateurs (post)modernes. Pour cette raison, les studios tels que Warner Bros TV, Sony Studios et Universal Television passent de plus en plus par des échanges de scénarios, disposés à les céder à une chaine ou une autre selon les politiques en vigueur et la flexibilité des développements annuels.

Universal a donc contribué au lancement du drama policier avec Jennifer Lopez Shades Of Blue, à la comédie Hot & Bothered avec Eva Longoria et au retour de Coach, et doit le sauvetage de The Mindy Project à la réactivité de Hulu, plus que convaincue par les rediffusions du show de Mindy Kaling. La commande de deux saisons supplémentaires lui permettra ainsi de passer à 120 heures de programme total (pour, dès lors, tirer le meilleur profit des droits de diffusion). Les exemples affluent, comme le transfert de Crazy Ex-Girlfriend des studios de la CBS à CW, après que Showtime ait manifesté son intérêt.

D’après Patrick Moran, vice-président chez ABC, « il n’y a plus de place pour cette série qui végète sur la grille sans sa base de fans. C’est trop compétitif désormais. Il faut que chaque série ait le potentiel de devenir la série préférée des spectateurs. » C’est pourquoi le besoin en comédies d’ABC cette année a été limité dans la mesure où, grâce au succès de Black-Ish et Fresh Off The Boat notamment, « la marque de fabrique de nos comédies est facile à identifier à présent. Ça sera intéressant de voir comment les autres vont évoluer. » En effet, dans quelques semaines commence le gros du travail, consistant à mettre idéalement sur rails les séries phares de la rentrée et préparant de nouveaux développements dès fin mai.