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Une Australienne rencontre un Parisien et un amour commun pour le vintage et les beaux tissus, est né.

Mais qui sont les personnes derrière cette marque où le concept est d’avoir une chemise unique.

De retour dans un univers Rockabilly Antoine et Sammy reçoivent leurs clients avec un accueil plus que chaleureux.

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Review: La La Land

Réalisateur: Damien Chazelle

Acteurs: Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons

Genre: Romance, Comédie musicale

Nationalité: Américain

Date de sortie: 25 janvier 2017

Durée: 126mn

 

 

 

 

Probablement par pure esprit de contradiction, j’ai une nette tendance à me méfier de ces œuvres artistiquement calibrées pour les Oscars (on dénombre déjà pas moins de 14 nominations), dont la campagne promotionnelle oppressante (car omniprésente) créée un bloc massif d’engouement venant à la fois de la part de la presse et des spectateurs. Quand on se sent «obligé» d’aimer un film qui fait consensus, j’aurai fatalement besoin de chercher la petite bête. Or, La La Land est tout de même surprenant… Je dois tout de même dire que j’ai passé un bon moment, mais si le film n’est pas exempt de défauts… Malgré le nombre incalculable de citations aux grands classiques de la comédie musicale, ce long-métrage reste très franchement inégal.

 

Synopsis:

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.

 

D’entrée, ce qui gêne dans La La Land reste probablement ce fétichisme envers l’âge d’or hollywoodien assez entêtant, voir carrément redondant. Car oui, La La Land convoque des hommages si lourdement qu’il est difficile de ne pas entrer dans la comparaison. Que Damien Chazelle le veuille ou non, il se mesure forcément aux Demy, Donen, Minnelli… Que ce soit au niveau de la BO de Justin Hurwitz, totalement banale et facile, ou encore des chorégraphies généralement pauvres ; on reste du coup dans ce cadre peu original et finalement peu attachant, par rapport à tous les modèles évoqués durant tout le long du film. Pour revenir brièvement à la BO, Justin Hurwitz semble se contenter de peu, en répétant à plusieurs reprises les mêmes thèmes (en changeant très légèrement les variations autour) et crée ainsi une partition joli certes mais ô combien ennuyante. Quant aux prestations à proprement parlé, Ryan Gosling et Emma Stone font de leur mieux, mais le résultat n’est pas à la hauteur de ce que la promotion nous vantait. Emma Stone aura ceci dit le mérite de chanter juste (bien que faiblement). C’est bien plus compliqué pour Ryan Gosling qui, cela dit, aura eu la «chance» d’avoir une chanson composée de 3 notes 1/2 pour limiter la casse (City of Stars). Malheureusement, leur manque de prestance vocale et de coffre est assez raccord avec la part réaliste du film, mais cela dessert complètement le côté comédie musicale. On s’étonne également que le jazz ne soit pas plus mis à l’honneur, surtout quand le personnage principal s’en dit «puriste»… On essaiera aussi de fermer les yeux face au désastre que représente le développement des personnages secondaires (rip J.K. Simmons), comme si chacune de leur présence était purement anecdotique. Finalement, ce qui est assez décevant aussi, c’est de se dire qu’un film de la stature de La La Land n’arrive pas à engendrer autant d’émotions que les œuvre auxquelles il aime tant se référer.

 

 

 

 

Le visuel

Toutefois, un des atouts principales (et indéniable) de La La Land reste très certainement son esthétique qui fait directement échos à ses prédécesseurs, les comédies musicales des années 50 et 60. En effet, ce travail très contrasté des couleurs fascine notre rétine et nous rappellent les œuvres de Jacques Demy (la scène d’introduction par exemple, qui fait référence à celle des Demoiselles de Rochefort) ou encore Vincente Minnelli (le final qui, bien évidemment, est directement inspiré de celui d’un Américain à Paris). De plus, on notera le travail très évocateur des costumes qui renvoient instinctivement à un sentiment bien précis.

En effet, dans La La Land, les couleurs ont un rôle et une signification bien précise, et seront en constante évolution tout le long du film. Le format chapitré sous forme de saisons marque les transitions entre ces diverses couleurs, et parallèlement entre les sentiments des personnages principaux. Durant toute la première partie, on remarque le travail sur les couleurs primaires (bleu, jaune et rouge), notamment à travers les costumes. Ainsi, la robe bleue de Mia est l’expression des rêves, du fantasme, de la candeur et du besoin de découverte de ce personnage. La robe bleue, qui transitera vers la robe jaune, symbolisme de la joie, de son ouverture à l’amour (cf la première scène de danse entre Mia et Sebastian, et les débuts de leur relation), mais également de sa confiance en soi (on notera cependant la redondance du bleu à travers l’éclairage ou autres textures, qui baigne nos personnages et rappelle doucement la part onirique de chaque scène). 

Puis avec sa deuxième partie, le film devient alors un traité acerbe de la désillusion amoureuse sur un fond caractérisé par les aspirations professionnelles contrariées. Les couleurs deviennent alors plus ternes, plus proches de la réalité. On s’affranchit petit à petit de l’aspect comédie musicale pour laisser place à un plus grand réalisme.
On notera également que l’esthétisme de La La Land n’est pas sans rappeler celle du peintre naturaliste Edward Hopper (dont on aperçoit un tableau à un moment). Les plans nocturnes rappellent particulièrement certaines de ses œuvres comme «Nighthawks» , «New York Movie», ou encore «Summer». On note une prédominance des couleurs primaires, un travail important sur la lumière (souvent isolée, actrice à part entière de la scène qu’elle illustre), ainsi que des couleurs très contrastées. Le parallèle devient évident, en particulier avec la scène de danse entre Mia et Sebastian, après l’observatoire.
Toute la fascination pour les paysages urbains, l’Amérique, qu’avait Edward Hopper, se retranscrit parfaitement aussi dans l’œuvre de Damien Chazelle.
On peut également faire un parallèle avec l’esthétique de Paris Texas (Wim Wenders – 1984) et ses lumières artificielles aux teintes très saturées.

 

 


Les allers retours entre réalité et fantasmes, illusions et vérité

Mais là où le film devient tout de même bon, c’est lorsqu’il se détache de ses parties chorales. Effectivement, la seconde moitié du film distille lentement mais sûrement une impression plus amère. En effet, à travers Los Angeles et Hollywood, symbolisme des rêves qui se réalisent, Damien Chazelle amène une poignante allégorie des illusions perdues, autour de cette machine à rêves. Le film quitte ce conte musical féerique, pour atterrir dans la réalité, celle des difficultés économiques, du renoncement, des promesses non tenues, des rêves brisés. Se pose alors un questionnement assez intéressant… Doit-on renoncer à son intégrité artistique le temps de se donner les moyens de concrétiser un rêve? A quel moment l’espoir d’un métier devient-il un fantasme? Là, réside véritablement tout l’intérêt du film… Car derrière l’emballage éclatant et bariolé de ce conte, se cache un récit fataliste sur la poursuite des rêves.

A ceci s’ajoute une histoire d’amour contrariée par la dure réalité de l’existence (mais assommée par de trop nombreux clichés malheureusement). Effectivement, la vision de Damien Chazelle sur l’amour demeure assez cynique. Notamment dans la scène finale qui, sous forme de flashback, laisse entrapercevoir les fantasmes (ou les regrets) de Mia et/ou Sebastian. Cette séquence est toutefois très intéressante car, en plus d’être non conventionnelle, elle souligne le fait que la vie apporte sont lot de désillusions, surtout lorsque l‘on souhaite se réaliser individuellement. Permettant ainsi à chacun de s’élever, et finalement de se sentir mieux qu’avant. L’épanouissement individuelle est possible, ainsi que le bonheur, loin des happy ending classiques, de l’amour éternel et d’un être idéal qui n’existe pas.

 

 

Petit drame sentimental (en demi teintes) maquillé assez sublimement en grand film de l’âge d’or Hollywoodien,  qui a le mérite de mettre en lumière les grands classiques, mais aussi de dénoncer la machine à rêves hollywoodienne qui amène à l’aliénation et aux désillusions.

 

Retour sur images avec « Whiplash », la fureur du Jazz

Réalisateur: Damien Chazelle

Acteurs: Miles Teller (Andrew Neiman), J.K. Simmons (Terence Fletcher), Paul Reiser (le père d’Andrew), Melissa Benoist (Nicole), Austin Stowell (Ryan), Nate Lang (Carl Tanner), Chris Mulkey (Oncle Frank), Damon Gupton (M. Kramer)…

Genre: Drame, Musical

Nationalité: Américain

Date de sortie: 24 décembre 2014

Durée: 1h47

 

Après la sortie du second film de Damien Chazelle, je me suis dit qu’il serait bon de revenir sur son premier long métrage et son premier chef d’œuvre si j’ose dire…J’ai bien sur nommé Whiplash.
Whiplash, c’est des nominations à n’en plus finir, des récompenses toutes aussi nombreuses, des éloges à profusion, et des ovations suscitées de partout… Ce film a très certainement marqué et fait l’unanimité en 2014, dans l’industrie cinématographique.

Synopsis:

Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

 

 

Whiplash est un sacré moment de cinéma, tout en étant une expérience musicale inoubliable. Effectivement, cette dernière ne se résume pas à être une simple bande originale… elle prend ici une place majeure. Chaque instrument, chaque note de musique, sont personnifiés, et accaparent la vedette de ce film.

Vedette partagée également à travers le duo sans fausses notes,formé par le très talentueux Miles Teller et J.K. Simmons (tout bonnement fantastique). Ces derniers nous délivrent un face à face éreintant ainsi qu’un véritable duel psychologique assez oppressant pour le spectateur ; les plans toujours très rapprochés nous plonge au cœur même de la passion pour la musique pour le meilleur comme pour le pire. Car oui…devant Whiplash, on souffre, on retient son souffle entre chaque affrontement, on ressent toute cette atmosphère étouffante, accablée par la passion. Tout y est exacerbé, intense, violent. Mais qu’est ce qu’on adore détester cette ambiance et J.K. Simmons (alias Sergent HartmanFull Metal Jacket pour les connaisseurs). Quoi qu’il en soi, que l’on soit mélomane ou non, il est difficile de rester insensible face à la démonstration viscérale de cette enseignement si douloureux. La course à la persévérance, la grâce et le génie de nos deux géants se terminera finalement par une dernière confrontation, un duel au sommet, complètement électrisant.

Visuellement, Whiplash nous délivre une esthétique magnifique, aux couleurs cuivrées qui se marient parfaitement avec les gros plans sur les instruments. Sans oublier la mise en scène léchée, mise en parallèle avec les états d’âmes de Andrew (Miles Teller) faisant grimper crescendo la tension tout le long du film.

Est-il également nécessaire d’évoquer les séquences musicales aussi impressionnantes que jouissives pour nos oreilles? Notre pied bat la mesure tout comme notre cœur bat la chamade face à ce large panel d’émotions.

 
Enfin, on comprend bien que l’intérêt de Whiplash n’est donc pas nécessairement dans son scénario (somme toute assez simple) mais bien dans sa façon de le raconter, et surtout dans les sensations qu’il procure.

 

Review : Vaiana, La Légende du Bout du Monde

Réalisateurs: Ron Clements – John Musker

Genre : Animation

Nationalité : Américain

Avec : Cerise Calixte, Anthony Kavannagh, Mareva Galanter (voix en VF). Auli’i Cravalho, Dwayne Johnson, Nicole Scherzinger (voix en VO)…

Date de sortie : 30 novembre 2016

Durée : 1h43mn

 

 

 

Synopsis:

C’est depuis les îles océaniennes du Pacifique Sud que Vaiana, navigatrice émérite, se mettra à la recherche d’une île mystérieuse afin de sauver son peuple et son île soudainement menacés par un mal bien mystérieux. Au cours de son voyage, elle rencontrera Maui, un demi-dieu costaud et aux tatouages surprenants, qui l’aidera à sillonner les océans et à accomplir un voyage épique empli d’énormes créatures marines, de mondes sous-marins, mais aussi de traditions fort anciennes…

 

 

Comme après chaque aventure Disney, j’en ressors toujours à la fois émerveillée. En effet, les studios Disney possèdent cette force indicible qui enthousiasme et enchante depuis des générations.
Ainsi, Vaiana, la légende du bout du monde, 56e production du géant Disney, ne déroge pas à la règle. En confiant ce projet au duo mythique Ron Clements et John Musker (Basil, détective privé, La Petite Sirène, Aladdin, Hercule…), on retrouve l’esprit des plus grands Disney des années 90 en un magnifique voyage initiatique aux accents écologiques et poétiques.

 

Les +:

Créatif, beau, puissant, le dépaysement est total et l’on est complètement transporté vers le pacifique sud, dans une explosion de couleurs chatoyantes.

C’est donc dans la forme que Vaiana nous touche le plus… l’aspect technique est hautement maîtrisé : l’eau magnifie chaque plan, chaque image, les mouvements sont fluides et naturels, la végétation est complètement sublime, même le mouvement des chevelures et des vêtements sont impressionnant de réalisme. Le tout est époustouflant, d’autant plus qu’il s’agit de la première production entièrement réalisée en images de synthèse pour nos deux réalisateurs.
De plus, les personnages sont tous plus ou moins attachants (petit + pour la personnification de l’océan, qui devient alors un personnage à part entière) et ont le mérite d’être développés convenablement.

On appréciera également le fait que Disney ne cantonne plus ses héroïnes dans le rôle de jolie plante, un peu empotée. À l’instar de ses précurseurs Belle (La Belle et la Bête), Raiponce ou encore Elsa (La Reine des Neiges), Vaiana (ou Moana en VO) symbolise la femme active, émancipée, celle qui a des convictions et va au-delà de ses limites, avec ou sans compagnon. Une femme moderne et autonome, dévouée à son peuple et non en quête d’une romance superflue. Elle devient ainsi la première héroïne Disney qui ne noue aucun lien amoureux avec son protagoniste principal. Est-il important de le souligner ? Oui, je le pense. Cela marque sans conteste une avancée dans l’écriture des héroïnes « disneyiennes » et cela propose différents modèles pour le jeune public. Seul le dépassement de soi et l’aventure prévaut.
Enfin, on reste émue par la dimension écologique que prend le film, et qui n’est pas sans rappeler le final grandiose de Princesse Mononoké. L’harmonie entre la nature et les hommes, et l’équilibre complexe entre l’activité humaine et le respect de cette nature.

Les –:
Malgré son visuel à couper le souffle, Vaiana souffre par son scénario assez formaté et prévisible et par ses chansons calibrées, aux sonorités maintes et maintes fois entendues. En effet, les chansons sont trop nombreuses et sont de qualité assez moyenne. Elles cassent le rythme et deviennent carrément horripilantes à certains moments, excepté peut-être pour « How Far I’ll Go » (« Bleu Lumière » en VF) qui, malgré ses accords entêtants et répétitifs, reste agréable à l’oreille. En effet, il devient de plus en plus difficile de se remémorer une dernière très bonne BO Disney… (mais où est passé le temps de Alan Menken, ou encore de Hans Zimmer et Jerry Goldsmith ?!). Mais ceci appartient à un autre débat…
En revanche, concernant l’humour, on repassera sûrement. En plus d’être redondant (le running gag avec le poulet ou Vaiana transporté par l’océan après avoir été éjecté du bateau), le tout est très forcé et parfois lourd. Mais c’est le scénario bien trop convenu qui, malheureusement, empêche la surprise et nous laisse légèrement sur notre fin.  

 

En bref, Vaiana est une claque visuelle, un pur moment de bonheur pour la rétine mais le scénario reste cependant en demi-teinte. Toutefois, Disney rappelle encore que le cinéma d’animation reste un grand générateur d’émotions et d’escapades…

 

 

Le pic télévisuel de 2015 : y a-t-il trop de séries ?

400. Il s’agit du nombre de séries originales diffusées en primetime aux États-Unis sur les networks, les chaînes du câble et les services à la demande d’ici la fin de l’année selon John Landgraf, responsable des développements sur FX. Autrement dit, deux fois plus qu’en 2009. Pour les adeptes du binge-watching, visionner une série par jour ne suffirait donc pas à toutes les voir sur une année comptable. Landgraf affirme ainsi que nous avons atteint un pic créatif et qu’au cours des années à venir, ce chiffre ne devrait non pas exploser mais diminuer peu à peu, dans la mesure où cette croissance exponentielle ne pourra être maintenue encore longtemps.

Pour les spectateurs, les critiques et les chaines, est-ce réellement une mauvaise nouvelle ?

Après tout, ce pic télévisuel a abouti à une inflation quantitative et peut-être même qualitative, à la conquête de territoires autrefois annexés par le cinéma, mais également à une grande variété de programmes, comme le témoigne le catalogue de Netflix. De la même manière, la dernière édition du festival Séries Mania a parfaitement réussi son opération d’exposition en préfigurant le succès de séries comme Deutschland 83 (de facture allemande, diffusé sur SundanceTV en juin dernier et prochainement sur Canal+) et en misant sur des séries australiennes, israéliennes ou encore québecoises.

Une telle diversité, conjuguée à la récurrence de séries « ressuscitées » malgré leur faible audimat, mais grâce à une communauté d’irréductibles fans, a incontestablement changé la donne à l’égard du facteur d’annulation/reconduction des séries. Si Game Of Thrones fédère des millions de spectateurs chaque semaine, la lenteur intimiste de Rectify rassemble aussi ses fidèles ; une série qui n’existerait probablement pas si les chaines ne livreraient pas cette course aux contenus originaux. En plus de nos antihéros si familiers dans Better Call Saul ou The Knick, on accorde désormais une grande place à la diversité des voix dans Orange Is The New Black, Transparent ou encore Broad City. Dès lors, il n’est plus simplement question de course à l’originalité mais surtout de course à l’addiction. L’immédiateté de la consommation avec le binge-watching, la culture grandissante des spectateurs et leurs exigences nouvelles sont autant de causes qui conditionnent la quête de l’originalité : sans être toutefois désensibilisés comme une lignée de rongeurs ne redoutant plus la mort-aux-rats, nous redirigeons nos fétiches, cherchons de nouveaux extrêmes, à la recherche perpétuelle d’une série plus forte encore que la précédente, mais avec des codes familiers.

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D’après Landgraf, l’abondance de bonnes séries risque d’occulter, de camoufler les meilleures. Ici, l’ambiguïté demeure : comment se définissent les meilleures séries, celles hors-normes, polies comme un diamant brut, si ce ne sont pas celles qui parviennent à conquérir le nombre ? Non pas que la mesure de l’audience confirme nécessairement la qualité d’une série. Mais ne doit-elle pas être un indice révélateur ? Ce morcellement de l’audience peut être ironiquement l’un des aspects positifs de cette redistribution des cartes, pour les producteurs et scénaristes autant que pour les spectateurs. Une série sur la FOX n’a plus besoin de ses 13 millions de foyers pour survivre une année de plus. Dans d’autres circonstances, Halt And Catch Fire n’aurait pas été renouvelée avec les chiffres de sa première saison : d’après son showrunner Christopher Rogers, la série a été sauvée grâce à la vidéo à la demande et au facteur binge-watching qui ont été pris en compte dans le calcul de l’audimat. Aussi, dans d’autres circonstances, elle aurait pu s’accaparer une plus grosse part du gâteau. Justement, alors que la seconde saison de la série s’est achevée il y a peu, vendue comme l’héritière de Mad Men et certifiée du sceau « programme de prestige », l’audience s’est encore érodée (moins de 500 000 spectateurs en moyenne). Et pourtant, les pontes de la chaine méditent encore sur une potentielle saison 3 en raison de son succès critique presque unanime. Même Bloodline sur Netflix, très loin derrière le succès de Daredevil et de House Of Cards a bénéficié d’un renouvellement dès son deuxième épisode pour les mêmes raisons.

Combien de temps cet environnement peut-il reposer sur ses propres fondations ? La réponse est incertaine. La manière dont les spectateurs consomment – et en retour, la manière dont la télévision fait ses rentrées d’argent – évolue plus vite que quiconque ne pourrait suivre ce rythme. A un moment donné, l’inondation des contenus sur le marché sera réfrénée par le manque d’argent (publicité, frais de souscription, téléchargements) pour justifier l’existence de nombreuses séries.

Pour que les prédictions de Landgraf se réalisent, il faudrait cependant un évènement drastique tel que la fin d’une chaine ou d’un service de streaming, ou alors l’arrêt de leurs productions originales pour que chacun puisse à nouveau reprendre son souffle. A l’heure actuelle, une chose est sûre : il est de plus en plus difficile de s’accorder sur les sujets de conversations parce que notre attention est éparpillée sur tant de séries, pas uniquement autour des diffusions contemporaines mais également, grâce à la « rétroactivité Netflix », autour des œuvres délaissées du passé, inconnues des plus jeunes ou de ceux qui auraient manqué le train en route. Ainsi, certains commencent à peine The Wire (mieux vaut tard que jamais, même si David Simon jure du contraire), et ceux biberonnés au lait How I Met Your Mother se mettent à Friends voire Seinfeld.

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En tant que sérievore affamé depuis environ 2004-2005, je me reconnais dans cette sorte « d’anxiété » comparable à l’éternelle frustration du mélomane : il sait qu’il existe des dizaines de milliers d’artistes ou de groupes dans l’histoire de la musique qu’il adorerait, mais au cours de sa vie, n’en découvrira qu’une infime partie et passera à côté d’inestimables trésors. Malgré la réduction des formats (de plus en plus de commandes de 8-10 épisodes par saison, de moins en moins à 22-25 épisodes), le temps manque cruellement pour partir dénicher nos propres perles rares comme c’était le cas dix ans plus tôt. On passe ainsi à côté d’exceptionnelles séries anglaises, australiennes, canadiennes, scandinaves et françaises ! (je me mords encore les doigts d’avoir tant de retard sur les dernières productions d’Arte)

En 2005 par exemple, nous avions Six Feet Under, Deadwood, The Sopranos, The Wire, Carnivale, Rome et Entourage rien que sur HBO, puis Lost, Battlestar Galactica, The West Wing, Urgences, 24, The Shield, Desperate Housewives, Alias, House et autres procedurals comme Les Experts. De sacrés morceaux (même si l’audience n’a pas toujours suivie) qui faisaient l’essentiel de la pluie et du beau temps outre-Atlantique, à côté des réussites british comme MI-5 ou Shameless. L’Europe réagissait avec un temps de latence évident face à une telle maitrise, pour ne surfer sur la vague que quelques années plus tard (on se souvient de Braquo, copie conforme de The Shield), avant d’apposer tant bien que mal sa propre griffe. Les Revenants, Engrenages (qui est bien plus qu’un The Wire à la française) ou P’tit Quinquin représentent cette autonomie créative. Les budgets alloués aux contenus originaux en Europe et Amériques sont encore loin de se tarir pour toujours grappiller un peu plus d’accros. Car aujourd’hui, qui serait prêt à partir ne serait-ce qu’un mois en sevrage ?

Review – The Road Within

Présenté en compétition cette année au Champs Elysées Film Festival, The Road Within est le premier long-métrage de la réalisatrice américaine Gren Wells. Déjà titulaire d’un prix du meilleur film au Festival de Rome, il est ici reparti avec le prix du public du long-métrage américain.

Remake du film allemand Vincent, ses amis et sa mère, The Road Within reprend exactement la même trame et transpose l’histoire aux Etats-Unis. : Vincent, atteint du syndrome de la Tourette vient de perdre sa mère, la seule personne présente à ses côtés, et se retrouve envoyé en centre spécialisé par son politicien de père afin d’éviter tout esclandre dans sa campagne. Vincent fait alors la rencontre de Marie (Zoe Kravitz), jeune anorexique et Alex (Dev Patel), souffrant de sévères TOC. Les trois jeunes décident de s’échapper du centre pour sillonner les routes des Etats-Unis afin d’exaucer le dernier souhait de la mère de Vincent : revoir l’océan une dernière fois.

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Une comédie attachante

Le film aborde la différence de manière subtile et attachante. Vincent souffre depuis toujours de sa maladie. Le regard des autres lui est tellement insupportable qu’il n’ose plus faire des choses anodines comme aller au supermarché. Envoyé de force dans ce centre spécialisé, il va se rendre compte qu’il n’est pas le seul à souffrir de sa différence et sa rencontre avec Marie et Alex va le transformer.

Le film traite certes d’un sujet sérieux mais toujours avec humour, ici on ose même se moquer des TOC ou du syndrome de Tourette sans jamais tomber dans l’excès. La réalisatrice, présente durant la projection nous a assuré avoir eu sur le plateau, à ses côtés, le soutien et les conseils d’un jeune atteint du syndrome afin de s’assurer du réalisme des scènes de crise. Ces crises, justement, ont permis de révéler l’acteur interprétant Vincent, le jeune irlandais Robert Sheehan, bien connu en Irlande pour sa participation au soap/drama local Love & Hate.

L’acteur n’en fait jamais trop, bien au contraire, et joue avec justesse. Nous avons d’ailleurs demandé à la réalisatrice comment elle avait su qu’il était le bon acteur pour le rôle : celle-ci nous a répondu qu’il n’avait passé aucun casting ! Gren Wells se contentait de boire un café avec les prétendants et lorsqu’elle a aperçu Robert, elle a immédiatement su que c’était lui.

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Le film peut légèrement faire écho au long-métrage belge Hasta la vista, où trois jeunes hommes handicapés décidaient de fuguer et d’entamer un road-trip. Dans The Road Within, le road-trip n’est qu’un prétexte et reste en toile de fond puisqu’ils ne parcourront finalement que très peu de kilomètres. En effet, les jeunes aventuriers sont pourchassés tout au long du film par leur médecin (Kyra Sedgwick) et le père de Vincent (Robert Patrick), ce qui ajoute une dimension comique au scénario.

Si, Vincent et son syndrome sont le sujet principal du film, on aborde également les maux d’Alex et Marie, qui vivent au centre depuis plus longtemps que lui. La réalisatrice, anorexique durant sa jeunesse, a voulu présenter ce trouble sans jugement tel qu’il est réellement, à savoir une maladie mentale. Zoé et elle ont travaillé le personnage pendant plusieurs mois et ont essayé de disséminer quelques indices sur la probable origine du trouble de Marie. Dev Patel parvient également à changer de registre et à dépeindre un jeune atteint de TOC avec humour mais sans jamais se moquer.

A la fin de la projection, la réalisatrice nous aura aussi adressé un petit conseil. Selon elle, lorsque vous décidez de faire un film avec une bonne partie des scènes sur la route, il vaut mieux s’assurer que vos acteurs sachent conduire ! En effet, l’acteur principal n’avait que l’équivalent du code obtenu en Irlande, Dev Patel n’avait pas le permis et Zoe Kravitz, après avoir grandi à New-York, ne savait tout simplement pas conduire !

Le film n’a pas encore de date de sortie en France mais on vous conseille de le voir dès sa sortie. En attendant, pour patienter, voici la bande-annonce :

 

 

Les news séries de la semaine, épisode 22

— Après une petite incursion au cinema dans Need For Speed, Aaron Paul revient à la télé, et non, ce n’est pas un spin-off de Breaking-Bad en Alaska, mais dans une série originale sur Hulu intitulée The Way (titre provisoire). Développée par Jason Katims (Friday Night Lights, Parenthood), Aaron Paul partagera la vedette avec Michelle Monaghan (True Detective) en jouant un couple marié dans la tourmente, dont chaque épisode portera un regard sur la vie qu’ils vivent et celles qu’ils désirent avoir. Bon dit comme ça, ça donne pas forcément envie, mais avec un triple vainqueur aux Emmys, on sait au moins que le casting sera bon.

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— Toujours avec Jason Katims, HBO a commandé Us., un drama d’une heure sur les nombreuses facettes de l’amour et des relations humaines à travers plusieurs personnes qui ne semblent pas connectées les unes aux autres au premier abord. Après Togetherness, la chaine câblée poursuit donc ses projets indie sans grande envergure ni force d’innovation. De quoi s’inquiéter pour son avenir face à l’expansion de Netflix (qui proposera par ailleurs la série de Judd Apatow intitulée…Love). On attend pourtant avec impatience d’en savoir plus sur les deux autres drames en développement chez HBO, The Devil You Know de Jenji Kohan (Orange Is The New Black) et Virtuoso d’Alan Ball (Six Feet Under, True Blood).

— Au royaume des renouvellements, on est plutôt servis cette semaine : Penny Dreadful reviendra nous hanter pour une troisième année, Grace & Frankie reviennent sur Netflix malgré l’accueil assez tiède du public. En France, Bruno Dumont et Arte consentent à une seconde saison de P’tit Quinquin. Et enfin Aquarius, la mini-série avec David Duchovny aura droit à une seconde saison. Par ailleurs, l’acteur confirme à demi-mot une suite à la saison de X-Files actuellement en cours de tournage (dans la mesure du raisonnable précise-t-il, soit 6 à 8 épisodes pour une saison complète).

— Autre témoignage de confiance, Amazon a donné le feu vert pour une troisième saison de Transparent, sa série récompensée par deux Golden Globes, au moment où la saison 2 vient à peine de commencer sa production.

Sneaky Pete, la série développée par Bryan Cranston (Breaking Bad) et David Shore (qui se remet de son échec sur Battle Creek) passe de CBS à Amazon, impliquant quelques scènes à retourner avant la diffusion sur la plateforme.

— L’un des acteurs les plus en vue à Hollywood, Bradley Cooper, s’associe à Graham King et Todd Phillips pour mettre sur les rails l’adaptation du livre à succès de Dan Simmons, Hyperion, vainqueur du prix Hugo. Peu avant l’Armageddon dans une époque où la galaxie entière est en guerre, Hyperion raconte le voyage de sept pèlerins pour trouver les réponses aux mystères irrésolus de leurs vies. Chacun d’entre eux est mué par un solide espoir ainsi qu’un terrible secret…tandis que le sort de l’humanité semble être entre leurs mains…

— R.I.P. Patrick Macnee, alias John Steed. Plus personne ne portera les chapeaux melon de la même manière.

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— Après son travail sur Southpaw, nouveau film coup de poing d’Antoine Fuqua, Eminem va superviser et écrire la bande-originale de Narc, adaptation du film de Joe Carnahan, qui se chargera de l’écriture du pilot. L’histoire de ce polar se déroule à Detroit, une ville chère au rappeur qu’on retrouvait déjà dans le biopic 8 Mile, et plus récemment à la télévision, dans la série Low Winter Sun.

— Loin de se lancer à l’aveuglette…Netflix cherche de sérieux arguments pour sa seconde saison de Daredevil, avec l’arrive du fameux Punisher, qui sera incarné par Jon Bernthal (Shane dans The Walking Dead), en antagoniste principal du justicier masqué après Fisk, rôle un temps confié à Jason Statham. L’ensemble du casting fera son retour pour les débuts du tournage cet été (dont Rosario Dawson) alors que son créateur, Steven S. DeKnight, ne rempile pas.

— Sans véritable surprise, la 55ème édition du Festival de Télévision de Monte-Carlo a rendu son verdict pour le palmarès : How I Met Your Mother, Amour Gloire & Beauté, NCIS font partie des récompensés aux côtés de Gomorra (Nympe d’Or pour un drame de production internationale) et Happy Valley (pour un drame de production européenne), ainsi que Welcome To Sweden (Nymphe d’Or pour une comédie de production internationale) et Lilyhammer (pour une comédie de production européenne). Sarah Lancashire remporte le prix d’interprétation pour Happy Valley et Marco d’Amore pour Gomorra, sans oublier Belen Rueda (De Boca En Boca) et l’ancien mafieux des Soprano, Steven Van Zandt (Lilyhammer).

Homeland vient de débuter récemment le tournage de sa cinquième saison à Berlin afin d’aboutir, comme chaque année, à une diffusion en automne sur Showtime. Comme son mentor Jack Bauer au début de chaque saison, Carrie Mathison a quitté la CIA, encore hantée par les évènements d’Islamabad, et travaille désormais pour une compagnie de sécurité en Allemagne. Saul (Mandy Patinkin) et Quinn (Rupert Friend) seront de retour, bien qu’il faille s’attendre à quelques changements radicaux dans la vie privée de Carrie…

— Triste moment pour les fans d’Hannibal puisque la série ne sera pas reconduite au-delà de sa troisième saison, avec son créateur Bryan Fuller qui s’engage sur American Gods chez Starz. Néanmoins, on pourra se consoler avec une probable résurrection fomentée par Amazon. Du 50/50 selon Fuller…

Peaky Blinders. Saison 3. Tom Hardy. Is. Back. Tout est dit. Amen. Rajoutons quand même que Steven Knight est sur le point de boucler l’écriture du sixième et dernier épisode et que le tournage commencera le 10 septembre à Birmingham. Affutez vos rasoirs !

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La sélection des bande-annonces de juin

Une première sélection de bande-annonces et autres mises en bouche. Wet Hot American Summer joue sur l’effet « found footage » au caméscope des années 90 tandis que le spin-off de The Walking Dead annonce le ton pour la prochaine invasion de zombies…

Wet Hot American Summer (VO)

Sur Netflix à partir du 31 juillet.

Heroes Reborn (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 24 septembre.

Fear The Walking Dead (un extrait en sous-titré)

Sur AMC à partir du mois d’août.

Blindspot (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 21 septembre.

People Are Talking (VO sous-titré)

Sur NBC à partir du 16 octobre.

 

Comment Game of Thrones a pris son public en otage

La saison 1 était plutôt de bonne facture, fidèle aux livres, à ses personnages, et, bien que motivée par le quota de seins à l’écran, était presque puritaine dans son imagerie. Même les quatre morts les plus choquantes se sont faites quasiment sans effusion de sang. Une époque où la suggestion dominait la mise en scène (ces oiseaux qui s’envolent à l’issue de l’épisode Baelor…). La seconde restait très honorable, avec son apogée lors de la bataille de Blackwater et son feu grégeois. Elle introduisait l’arc de Stannis ou encore de Brienne tout en gérant habilement la situation à Port-Réal et Essos. La troisième commençait à prendre plus de liberté, mais tout en préparant le déclin des Stark, se montrait encore une fois fidèle à la première partie d’A Storm Of Swords, notamment dans ce reversement psychologique et affectif à l’égard de Jaime Lannister. A partir de la quatrième saison, c’est là que le bat blesse : tandis que les scènes clés sont globalement réussies (le procès de Tyrion, Oberyn vs La Montagne), les scénaristes et G.R.R. Martin ont commencé à s’inquiéter de ce « train qui arrive à grande vitesse », et ont ainsi commencé à tisser de nouvelles histoires, à éliminer des personnages, à réduire les prophéties et à prendre des raccourcis grinçants. Enfin, la cinquième saison est celle du clivage, de la douche froide, de la déception générale : les fans de la série crient tantôt à la lenteur et au manque de progression des trames, et les lecteurs s’insurgent des violations narratives majeures. Disparition d’intrigues et de personnages forts des livres, déviations incompréhensibles, multiplications des incohérences (des personnages contradictoires avec ceux du livre et inconsistants d’un épisode à un autre)

La formule, nous la connaissons tous désormais. C’est celle, fidèle aux séries du câble, où le paroxysme narratif, le climax de la saison est atteint dans le 9ème épisode, celui qui surclasse tous les autres en terme de budget, avant de résoudre chaque trame et conflits dans le 10ème. [début des spoilers] Cette saison 5 déroge à la règle et nous prend de court : Hardhome avec sa bataille de Durlieu (que les lecteurs déploraient de ne pas avoir eu dans le livre) était épique, un moment comme on en voit qu’au cinéma. Et là, tout est allé trop vite ensuite, notamment la faute au budget (mention aux incrustations cheap de l’envol de Drogon et l’ellipse ridicule de la Bataille des glaces). La fin de saison s’est empressée de conclure les intrigues du livre 5 (et même du livre 6, pour contenter le spectateur qui aurait été sur sa faim si les scénaristes avaient suivi à la lettre la progression d’A Dance With Dragons), dans une grande fin guignolesque, parodique, digne d’une série Z qui prouve que Game Of Thrones n’est devenue que l’ombre d’elle-même.

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Du choc pour du choc, du drame à grand renforts d’hémoglobine en gros plan et de mutilations gratuites. Ainsi, comme Weiss et Benioff l’avaient promis au début de la saison, beaucoup de personnages vivants dans le livre ont été condamnés au cours des dix épisodes. Spoiler ou pas spoiler, se demande le lecteur vis-à-vis du tome 6 ? Au fond, si ce doute permanent (du moins, jusqu’à la publication de The Winds Of Winter) pouvait contenter une partie de l’audimat, l’intérêt de beaucoup de personnes a coulé comme un boulet au fond de l’eau à cause des exigences de la chaine pour fédérer le plus grand nombre : toujours plus d’action, de sang, de sexe, de drame…Comme le plaisir unique – parait-il ! – de la première prise d’héroïne qu’un consommateur cherche inlassablement à retrouver toute sa vie, le spectateur désire retrouver ce frisson incroyable qu’on a tous ressenti lors de la décapitation de Ned Stark. Ainsi, on brûle une fillette, quitte à nous faire détester un personnage que les scénaristes se sont efforcés de rendre plus humain un épisode plus tôt. On imagine de grandes batailles à Meereen entre les fils de la Harpie et les soldats de Ver Gris, faisant passer les Immaculés pour les farouches compagnons de Thierry la Fronde. Les propos de Pierre Serisier sont très justes à cet égard : « On est dans la surenchère permanente, par le nombre des figurants, par la réalisation qui veut tutoyer celle du Seigneur des Anneaux. Ce n’est pas ce qui était attendu par le public, peut-être n’était-ce pas ce qu’il voulait. La disproportion devient la règle, la violence est outrée, y compris dans des scènes anodines qui n’apportent rien au récit. »

Tout le paradoxe de la série est là : les scénaristes brodent et s’inquiètent de la progression de leur histoire par rapport aux livres, mais en même temps, refusent de développer des histoires qui pourraient l’être en plusieurs épisodes (l’élection de Jon notamment), en étendent d’autres inutilement (Brienne qui attend des mois à l’auberge) et perdent un temps fou avec des scènes futiles pour le quota sexuel ou en combats. Il fut un temps où Game of Thrones, c’était une lutte pour le pouvoir (pas avec les plans incohérents de Littlefinger et des téléportations magiques d’un bout à l’autre de Westeros), de la realpolitik, des messes basses et une noirceur toujours justifiée par l’histoire, non l’inverse.

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Alors oui, le tome 4 et 5 se montraient intéressants avec les conspirations politiques à Port-Réal (dont le déclin de Cersei, remarquablement mis en scène dans l’épisode 10) puis l’incapacité de Daenerys à gouverner une ville, mais il manquait cruellement d’action, et ces deux tomes se sont révélés frustrants en bien des points corrigés par la série : Tyrion gravite autour de Daenerys sans jamais la rencontrer, la Bataille des glaces (Stannis contre les Bolton) semble ne jamais arriver, la situation s’enlise à Meereen mais la Targaryen est toujours aussi loin de son trône, et puis les Autres, parlons-en, ne sont pas une menace si tangible à deux livres de la fin. Seulement les auteurs, empêtrés dans la vulgarisation massive de l’histoire, perdent leur objectif de vue. Il y a cet effet papillon qu’évoquait G.R.R. Martin (une décision mineure en saison 3 pouvait se répercuter bien plus gravement saison 5), mais le problème réside surtout dans une mauvaise économie de l’histoire.

L’intrigue de Dorne par exemple, est massacrée au plus haut point. Totalement fictive et plutôt bienvenue au départ, une succession de maladresse narrative et de mauvais choix ont rendu cette trame plus que parodique. Quand les décors devaient ressembler un paysage irakien (il fait chaud, très chaud à Dorne), on débarque sur une dune avec quelques nuages gris dans un plan improvisé qui consiste à s’infiltrer aux Jardins aquatiques, à la vue de tous. Par magie, les aspics des sables entrent en scène au même moment, à se croire dans un quiproquo de La Grande Vadrouille. Doran Martell (Alexander Siddig) devait être introduit comme le personnage majeur de cette saison 5 : un homme d’une cinquantaine d’années qui en fait vingt de plus sous sa couverture, apathique à cause de la goutte, incapable de venger la mort de son frère Oberyn et sans contrôle sur Dorne. Or, en réalité, il est l’un des joueurs les plus brillants aux côtés de Varys ou Littlefinger, avec un coup d’avance sur ses ennemis et un plan bien défini pour gagner le cœur de Daenerys. Rien de tout cela ne transparait dans la série. A la place, des scènes futiles comme Bronn qui convoite la poitrine d’une des aspics. Et les exemples de négligence affluent. Comment font les déserteurs de Stannis pour quitter un camp bloqué par la neige depuis des semaine, avant que la neige fonde ? (en s’échappant avec tous les chevaux hormis celui de Melisandre) Et si la neige fond ensuite, comment Sansa et Theon peuvent-ils sauter des remparts et survivre ? Comment Stannis, à l’avant-garde au début de la boucherie, peut-il finir unique survivant, et cela au milieu des bois ? Quant à Daenerys (perdue dans les hautes herbes dothrakis dans le livre) comment peut-elle ne pas apercevoir les dizaines de milliers de cavaliers du khalasar qui fonçent sur elle ? Un décor qui pourrait être Winterfell, les Iles de Fer, le Conflans, en un mot, qui n’a rien de singulier.

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Je citerais un membre du forum de la saga pour préciser ma pensée sur l’intention des deux auteurs : « Benioff et Weiss sont comme deux cuisiniers qui essaieraient de faire passer un repas médiocre en misant tout sur le dessert, en espérant que le client partira avec le souvenir de ce dernier dans la bouche. Ca ne marche pas tout le temps, ou plutôt, ça commence à se remarquer. » Que reste-t-il donc à faire ? Sauter du navire avant qu’il ne finisse au fond des mers du Crépuscule ? Une séduisante idée, a priori.

Le lecteur que je suis souhaite ne pas se faire spoiler lors de la saison 6, et préfère apprécier le livre avant de juger son adaptation sur le petit écran. En bon optimiste, je pense que The Winds Of Winter sortira lors de la première moitié de 2016, soit peu avant le début de la saison 6, comme le prévoit G.R.R. Martin, ou peut-être peu après. Seulement on imagine mal comment le livre 7 (voire l’éventuel livre 8) pourra conclure la saga avant que la série ne s’en charge. Or, nous savons tous qu’en cette époque de Facebook, Twitter et de potes peu scrupuleux qui viennent crier/partager que tel personnage s’est fait trucider comme un marchand de poisson crie les mérites de son poisson frais, c’est impossible. Nul ne peut ignorer les spoilers avec toute la bonne volonté du monde. Game Of Thrones est partout, tout le monde en parle et son succès est dû en partie par la consommation et la communication immédiate. Car oui, on brûle des petites filles, on tue les commandants de la Garde de nuit, on plante des couteaux dans le ventre d’une femme enceinte (qui n’est justement pas enceinte dans le livre), non pas pour faire de la série un objet esthétique ouvert à l’interprétation, mais un objet uniquement façonné pour choquer et faire parler. Parce que les auteurs savent que leur public a été pris en otage, qu’il reviendra de son gré ou non et continuera à s’inquiéter du sort de leurs personnages favoris, quitte à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

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True Detective saison 2 : faut-il revoir nos attentes ?

Dès dimanche soir, HBO lance la seconde fournée de sa série la plus attendue – aux côtés de Game Of Thrones bien entendu, dont la cinquième saison vient de se terminer – j’ai nommé True Detective. Casting cinq étoiles, Nic Pizzolatto de retour aux commandes, Justin Lin derrière la caméra pour quelques épisodes, tous les ingrédients sont là pour nous offrir une deuxième saison aussi bonne que la première.

Sauf que justement, True Detective est très attendue au tournant. Trop sans doute. Et quand on place la barre aussi haute, avec un duo aussi prestigieux que Woody Harrelson et Matthew McConaughey, il devient presque fantaisiste de s’attendre à une qualité égale, voire supérieure. On vous donne donc quelques raisons de recalibrer vos attentes avant le 21 juin.

1. Parce que Nic Pizzolatto est un enfant du bayou américain, avec son atmosphère si unique, moite et visuelle. L’auteur connaissait la Louisiane comme sa poche et avait construit l’univers de la saison 1 selon son propre vécu (notamment ses expériences mystico-chrétiennes qui ont débouché sur l’ambiance occulte qu’on connait). Pour cette saison 2, il s’est davantage inspiré de ses récentes escapades en Californie, puisque l’auteur vit à quelques kilomètres de Los Angeles dans une bourgade reculée. Il faudra donc s’habituer au changement de tonalité, ce qui entrainera forcément des comparaisons de mieux/moins bien à l’égard de la première saison.

2. Parce que la saison 1 apportait un vent de fraicheur dans un genre qui s’essoufflait un peu à la télévision. Personne ne s’attendait à une telle qualité dans la narration, dans le jeu des acteurs, dans l’esthétique. Cette fois, l’élément de surprise n’est plus à l’avantage de la série, et une pression énorme repose sur les épaules de son créateur.

3. Parce qu’en conséquent, il devient difficile de répéter une formule à succès sans déjà créer un sentiment de lassitude. La saison 1 innovait dans sa démarche narrative, avec l’entrecroisement de trois trames temporelles et le recours aux flashbacks/flashforwards. La gestion de la narration était l’un des atouts l’année dernière, et si elle ne peut totalement être à nouveau employée, Pizzolatto sait que son public attend plus qu’une chronologie linéaire. Avec des personnages aussi complexes et torturés que les siens, vous pouvez donc vous attendre à quelques flashbacks renversants…

4. Parce que HBO a insisté pour réitérer l’un des facteurs du succès de la série, son casting hollywoodien luxueux. Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Kelly Reilly, David Morse, Taylor Kitsch…Un argument de vente louable certes, mais on peut cependant rester sceptique face à ce rassemblement de têtes d’affiches (d’excellents acteurs, on ne dira pas le contraire) qui peut faire clinquant pour peut-être pas grand-chose, si l’intrigue et les psychologies ne sont pas développées à bien. Tout ce qui brille n’est pas de l’or…même si on pressent d’avance que la prestation de Colin Farrell sera unanimement acclamée. True Detective se doit d’être plus qu’une série célèbre pour ses acteurs de classe A, au risque de rendre le reste anecdotique.

5. Parce que les premières critiques américaines restent mitigées à l’issue des trois premiers épisodes. Variety et Hollywood Reporter sont assez acerbes et ne mâchent pas leurs mots. Un premier épisode d’exposition et un début de saison qui met du temps à se mettre en place, notamment à cause de ses trois protagonistes torturés (alcooliques, accros au jeu et impuissants…), trois flics qui ne se connaissent pas et qui finissent par collaborer sur un même meurtre. Une série d’anthologie peut-être, mais peut-on s’attendre à ce que Pizzolatto réutilise certains de ses personnages dans les saisons à venir pour mieux étendre leurs histoires et fidéliser les spectateurs ?

Nouveaux lieux, nouveaux personnages, nouvelle époque, nouveau réalisateur…on repart à zéro et pourtant, on est prêts à parier que Pizzolatto a su instaurer une continuité et une cohérence dans son œuvre, avec cette empreinte si singulière, avec un art de la narration et du dialogue, un montage et une réalisation qui sont uniques en leur genre. Rendez-vous le 21 juin donc, pour en avoir le cœur net.