Articles

Review: La La Land

Réalisateur: Damien Chazelle

Acteurs: Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons

Genre: Romance, Comédie musicale

Nationalité: Américain

Date de sortie: 25 janvier 2017

Durée: 126mn

 

 

 

 

Probablement par pure esprit de contradiction, j’ai une nette tendance à me méfier de ces œuvres artistiquement calibrées pour les Oscars (on dénombre déjà pas moins de 14 nominations), dont la campagne promotionnelle oppressante (car omniprésente) créée un bloc massif d’engouement venant à la fois de la part de la presse et des spectateurs. Quand on se sent «obligé» d’aimer un film qui fait consensus, j’aurai fatalement besoin de chercher la petite bête. Or, La La Land est tout de même surprenant… Je dois tout de même dire que j’ai passé un bon moment, mais si le film n’est pas exempt de défauts… Malgré le nombre incalculable de citations aux grands classiques de la comédie musicale, ce long-métrage reste très franchement inégal.

 

Synopsis:

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.

 

D’entrée, ce qui gêne dans La La Land reste probablement ce fétichisme envers l’âge d’or hollywoodien assez entêtant, voir carrément redondant. Car oui, La La Land convoque des hommages si lourdement qu’il est difficile de ne pas entrer dans la comparaison. Que Damien Chazelle le veuille ou non, il se mesure forcément aux Demy, Donen, Minnelli… Que ce soit au niveau de la BO de Justin Hurwitz, totalement banale et facile, ou encore des chorégraphies généralement pauvres ; on reste du coup dans ce cadre peu original et finalement peu attachant, par rapport à tous les modèles évoqués durant tout le long du film. Pour revenir brièvement à la BO, Justin Hurwitz semble se contenter de peu, en répétant à plusieurs reprises les mêmes thèmes (en changeant très légèrement les variations autour) et crée ainsi une partition joli certes mais ô combien ennuyante. Quant aux prestations à proprement parlé, Ryan Gosling et Emma Stone font de leur mieux, mais le résultat n’est pas à la hauteur de ce que la promotion nous vantait. Emma Stone aura ceci dit le mérite de chanter juste (bien que faiblement). C’est bien plus compliqué pour Ryan Gosling qui, cela dit, aura eu la «chance» d’avoir une chanson composée de 3 notes 1/2 pour limiter la casse (City of Stars). Malheureusement, leur manque de prestance vocale et de coffre est assez raccord avec la part réaliste du film, mais cela dessert complètement le côté comédie musicale. On s’étonne également que le jazz ne soit pas plus mis à l’honneur, surtout quand le personnage principal s’en dit «puriste»… On essaiera aussi de fermer les yeux face au désastre que représente le développement des personnages secondaires (rip J.K. Simmons), comme si chacune de leur présence était purement anecdotique. Finalement, ce qui est assez décevant aussi, c’est de se dire qu’un film de la stature de La La Land n’arrive pas à engendrer autant d’émotions que les œuvre auxquelles il aime tant se référer.

 

 

 

 

Le visuel

Toutefois, un des atouts principales (et indéniable) de La La Land reste très certainement son esthétique qui fait directement échos à ses prédécesseurs, les comédies musicales des années 50 et 60. En effet, ce travail très contrasté des couleurs fascine notre rétine et nous rappellent les œuvres de Jacques Demy (la scène d’introduction par exemple, qui fait référence à celle des Demoiselles de Rochefort) ou encore Vincente Minnelli (le final qui, bien évidemment, est directement inspiré de celui d’un Américain à Paris). De plus, on notera le travail très évocateur des costumes qui renvoient instinctivement à un sentiment bien précis.

En effet, dans La La Land, les couleurs ont un rôle et une signification bien précise, et seront en constante évolution tout le long du film. Le format chapitré sous forme de saisons marque les transitions entre ces diverses couleurs, et parallèlement entre les sentiments des personnages principaux. Durant toute la première partie, on remarque le travail sur les couleurs primaires (bleu, jaune et rouge), notamment à travers les costumes. Ainsi, la robe bleue de Mia est l’expression des rêves, du fantasme, de la candeur et du besoin de découverte de ce personnage. La robe bleue, qui transitera vers la robe jaune, symbolisme de la joie, de son ouverture à l’amour (cf la première scène de danse entre Mia et Sebastian, et les débuts de leur relation), mais également de sa confiance en soi (on notera cependant la redondance du bleu à travers l’éclairage ou autres textures, qui baigne nos personnages et rappelle doucement la part onirique de chaque scène). 

Puis avec sa deuxième partie, le film devient alors un traité acerbe de la désillusion amoureuse sur un fond caractérisé par les aspirations professionnelles contrariées. Les couleurs deviennent alors plus ternes, plus proches de la réalité. On s’affranchit petit à petit de l’aspect comédie musicale pour laisser place à un plus grand réalisme.
On notera également que l’esthétisme de La La Land n’est pas sans rappeler celle du peintre naturaliste Edward Hopper (dont on aperçoit un tableau à un moment). Les plans nocturnes rappellent particulièrement certaines de ses œuvres comme «Nighthawks» , «New York Movie», ou encore «Summer». On note une prédominance des couleurs primaires, un travail important sur la lumière (souvent isolée, actrice à part entière de la scène qu’elle illustre), ainsi que des couleurs très contrastées. Le parallèle devient évident, en particulier avec la scène de danse entre Mia et Sebastian, après l’observatoire.
Toute la fascination pour les paysages urbains, l’Amérique, qu’avait Edward Hopper, se retranscrit parfaitement aussi dans l’œuvre de Damien Chazelle.
On peut également faire un parallèle avec l’esthétique de Paris Texas (Wim Wenders – 1984) et ses lumières artificielles aux teintes très saturées.

 

 


Les allers retours entre réalité et fantasmes, illusions et vérité

Mais là où le film devient tout de même bon, c’est lorsqu’il se détache de ses parties chorales. Effectivement, la seconde moitié du film distille lentement mais sûrement une impression plus amère. En effet, à travers Los Angeles et Hollywood, symbolisme des rêves qui se réalisent, Damien Chazelle amène une poignante allégorie des illusions perdues, autour de cette machine à rêves. Le film quitte ce conte musical féerique, pour atterrir dans la réalité, celle des difficultés économiques, du renoncement, des promesses non tenues, des rêves brisés. Se pose alors un questionnement assez intéressant… Doit-on renoncer à son intégrité artistique le temps de se donner les moyens de concrétiser un rêve? A quel moment l’espoir d’un métier devient-il un fantasme? Là, réside véritablement tout l’intérêt du film… Car derrière l’emballage éclatant et bariolé de ce conte, se cache un récit fataliste sur la poursuite des rêves.

A ceci s’ajoute une histoire d’amour contrariée par la dure réalité de l’existence (mais assommée par de trop nombreux clichés malheureusement). Effectivement, la vision de Damien Chazelle sur l’amour demeure assez cynique. Notamment dans la scène finale qui, sous forme de flashback, laisse entrapercevoir les fantasmes (ou les regrets) de Mia et/ou Sebastian. Cette séquence est toutefois très intéressante car, en plus d’être non conventionnelle, elle souligne le fait que la vie apporte sont lot de désillusions, surtout lorsque l‘on souhaite se réaliser individuellement. Permettant ainsi à chacun de s’élever, et finalement de se sentir mieux qu’avant. L’épanouissement individuelle est possible, ainsi que le bonheur, loin des happy ending classiques, de l’amour éternel et d’un être idéal qui n’existe pas.

 

 

Petit drame sentimental (en demi teintes) maquillé assez sublimement en grand film de l’âge d’or Hollywoodien,  qui a le mérite de mettre en lumière les grands classiques, mais aussi de dénoncer la machine à rêves hollywoodienne qui amène à l’aliénation et aux désillusions.

 

Review Klock | Dettmann – Phantom Studies

Après une dernière collaboration qui remonte à environ 10 ans, après avoir bousculé les codes de la techno, après avoir fait du Berghain un temple pour les technophiles ; Ben et Marcel reviennent pour une collaboration sur le label Ostgut Ton. Préparez-vous à les revoir très vite sur le devant de la scène dans des B2B d’exceptions !

Mais revenons à nos moutons et parlons de leur dernier album intitulé « Phantom Studies ». Il est composé de sept titres, tous avec une connotation très sombre. On s’imagine dans l’antre du Berghain, près à être confronté aux basses puissantes du club berlinois.

 

 

Ce nouvel album nous présente des titres qui ont fait le bonheur des amoureux de la techno comme « Drawning » ou « Scenario » qui étaient déjà morceaux sombres, rythmés  avec une mélodie très discrète mais bien présente pour nous faire lanciner.

Ce double EP est très caractéristique des deux allemands, en effet il replace au cœur de leur musique une sonorité sombre et puissante tout en rajoutant cette fois ci des percussions et des mélodies plus dominante que sur leurs anciennes productions.

On commence l’écoute de cet album avec « Prophet Man », un morceau qui nous offre le bonheur d’entendre et d’écouter Ben Klock nous dire « Je peux brancher vos câbles ». Ce titre est pour la rédaction, le titre d’introduction pour un set puissamment sombre ! Par la suite on enchaine avec « Bad Boy » qui d’ailleurs sur le vinyle s’enchaine aussi et alors là on resté subjugué sur la concordance entre ces deux morceaux, ils s’enchainent admirablement bien et d’ailleurs on note que dans celui-ci le BPM s’accélère et autour de ce battement par minute, s’articule un synthé et des percussions entraînantes.

 

 

Dans la continuité de notre écoute, on arrive sur le morceau « The World Tonight » et bizarrement malgré que le son soit assez déstructuré, il est réellement plaisant et jolies à écouter. Enfin, car on ne veut pas non plus tout vous décrire le titre « No One Around » est très sombre avec un BPM rapide ; personnellement l’ancien titre de Marcel Dettmann « Drawning » ressemble beaucoup à ce titre.

 

 

Pour ce double disque, Marcel et Ben créent une techno rythmé et mélodique qui peut-être bousculera encore une fois les codes de la techno berlinoise.

Review : Vaiana, La Légende du Bout du Monde

Réalisateurs: Ron Clements – John Musker

Genre : Animation

Nationalité : Américain

Avec : Cerise Calixte, Anthony Kavannagh, Mareva Galanter (voix en VF). Auli’i Cravalho, Dwayne Johnson, Nicole Scherzinger (voix en VO)…

Date de sortie : 30 novembre 2016

Durée : 1h43mn

 

 

 

Synopsis:

C’est depuis les îles océaniennes du Pacifique Sud que Vaiana, navigatrice émérite, se mettra à la recherche d’une île mystérieuse afin de sauver son peuple et son île soudainement menacés par un mal bien mystérieux. Au cours de son voyage, elle rencontrera Maui, un demi-dieu costaud et aux tatouages surprenants, qui l’aidera à sillonner les océans et à accomplir un voyage épique empli d’énormes créatures marines, de mondes sous-marins, mais aussi de traditions fort anciennes…

 

 

Comme après chaque aventure Disney, j’en ressors toujours à la fois émerveillée. En effet, les studios Disney possèdent cette force indicible qui enthousiasme et enchante depuis des générations.
Ainsi, Vaiana, la légende du bout du monde, 56e production du géant Disney, ne déroge pas à la règle. En confiant ce projet au duo mythique Ron Clements et John Musker (Basil, détective privé, La Petite Sirène, Aladdin, Hercule…), on retrouve l’esprit des plus grands Disney des années 90 en un magnifique voyage initiatique aux accents écologiques et poétiques.

 

Les +:

Créatif, beau, puissant, le dépaysement est total et l’on est complètement transporté vers le pacifique sud, dans une explosion de couleurs chatoyantes.

C’est donc dans la forme que Vaiana nous touche le plus… l’aspect technique est hautement maîtrisé : l’eau magnifie chaque plan, chaque image, les mouvements sont fluides et naturels, la végétation est complètement sublime, même le mouvement des chevelures et des vêtements sont impressionnant de réalisme. Le tout est époustouflant, d’autant plus qu’il s’agit de la première production entièrement réalisée en images de synthèse pour nos deux réalisateurs.
De plus, les personnages sont tous plus ou moins attachants (petit + pour la personnification de l’océan, qui devient alors un personnage à part entière) et ont le mérite d’être développés convenablement.

On appréciera également le fait que Disney ne cantonne plus ses héroïnes dans le rôle de jolie plante, un peu empotée. À l’instar de ses précurseurs Belle (La Belle et la Bête), Raiponce ou encore Elsa (La Reine des Neiges), Vaiana (ou Moana en VO) symbolise la femme active, émancipée, celle qui a des convictions et va au-delà de ses limites, avec ou sans compagnon. Une femme moderne et autonome, dévouée à son peuple et non en quête d’une romance superflue. Elle devient ainsi la première héroïne Disney qui ne noue aucun lien amoureux avec son protagoniste principal. Est-il important de le souligner ? Oui, je le pense. Cela marque sans conteste une avancée dans l’écriture des héroïnes « disneyiennes » et cela propose différents modèles pour le jeune public. Seul le dépassement de soi et l’aventure prévaut.
Enfin, on reste émue par la dimension écologique que prend le film, et qui n’est pas sans rappeler le final grandiose de Princesse Mononoké. L’harmonie entre la nature et les hommes, et l’équilibre complexe entre l’activité humaine et le respect de cette nature.

Les –:
Malgré son visuel à couper le souffle, Vaiana souffre par son scénario assez formaté et prévisible et par ses chansons calibrées, aux sonorités maintes et maintes fois entendues. En effet, les chansons sont trop nombreuses et sont de qualité assez moyenne. Elles cassent le rythme et deviennent carrément horripilantes à certains moments, excepté peut-être pour « How Far I’ll Go » (« Bleu Lumière » en VF) qui, malgré ses accords entêtants et répétitifs, reste agréable à l’oreille. En effet, il devient de plus en plus difficile de se remémorer une dernière très bonne BO Disney… (mais où est passé le temps de Alan Menken, ou encore de Hans Zimmer et Jerry Goldsmith ?!). Mais ceci appartient à un autre débat…
En revanche, concernant l’humour, on repassera sûrement. En plus d’être redondant (le running gag avec le poulet ou Vaiana transporté par l’océan après avoir été éjecté du bateau), le tout est très forcé et parfois lourd. Mais c’est le scénario bien trop convenu qui, malheureusement, empêche la surprise et nous laisse légèrement sur notre fin.  

 

En bref, Vaiana est une claque visuelle, un pur moment de bonheur pour la rétine mais le scénario reste cependant en demi-teinte. Toutefois, Disney rappelle encore que le cinéma d’animation reste un grand générateur d’émotions et d’escapades…

 

 

Review EP Letters end Numbers – iO (Mulen)

Avant les fêtes de fin d’année, l’équipe de rédaction a souhaité vous faire découvrir l’un de ses coups de cœur du mois de Décembre !

Un artiste polyvalent

Aleksandr Voznichenko aka iO (mulen) nous présente son dernier EP distribué par le label APOLLONIA. On connait iO (mulen) pour ses constructions de musiques assez brutes de décoffrage, cette fois-ci il nous livre un EP mélangeant techno et house pour ne pas dire « tech-house ».

Il a construit ses morceaux autours d’une bassline à la fois complexe mais horriblement efficace sur un dancefloor, agrémenté d’une mélodie et des percussions ressemblants à celles utilisées par des artistes tels que Zip ou Maya Jane Coles.

Petit conseil de la rédaction dans l’écoute de cet EP. Commencez par écouter “mpc13” et “ypt58” ces deux morceaux vont vous échauffer les jambes avant de rentrer dans le vif du sujet sur tous les autres morceaux qui vous feront transpirer à grosses gouttes.

 

L’EP « Letters and Numbers » va devenir un EP de référence dans le domaine de la tech-house moderne. Le fait qu’il signe sur le label de notre trio français préféré est un geste audacieux pour les deux parties.

Au final, Dan, Dyed et Shonky qu’on ne présente plus maintenant, ont été en mesure de guider et d’accompagner Aleksandr dans la conception de cet EP.

 

Vous ne savez pas quel cadeau offrir à votre ami(e), petit(e) ami(e), amant(e) adorant ces sonorités simple mais drôlement percutante et bien voici la réponse.

Comment Game of Thrones a pris son public en otage

La saison 1 était plutôt de bonne facture, fidèle aux livres, à ses personnages, et, bien que motivée par le quota de seins à l’écran, était presque puritaine dans son imagerie. Même les quatre morts les plus choquantes se sont faites quasiment sans effusion de sang. Une époque où la suggestion dominait la mise en scène (ces oiseaux qui s’envolent à l’issue de l’épisode Baelor…). La seconde restait très honorable, avec son apogée lors de la bataille de Blackwater et son feu grégeois. Elle introduisait l’arc de Stannis ou encore de Brienne tout en gérant habilement la situation à Port-Réal et Essos. La troisième commençait à prendre plus de liberté, mais tout en préparant le déclin des Stark, se montrait encore une fois fidèle à la première partie d’A Storm Of Swords, notamment dans ce reversement psychologique et affectif à l’égard de Jaime Lannister. A partir de la quatrième saison, c’est là que le bat blesse : tandis que les scènes clés sont globalement réussies (le procès de Tyrion, Oberyn vs La Montagne), les scénaristes et G.R.R. Martin ont commencé à s’inquiéter de ce « train qui arrive à grande vitesse », et ont ainsi commencé à tisser de nouvelles histoires, à éliminer des personnages, à réduire les prophéties et à prendre des raccourcis grinçants. Enfin, la cinquième saison est celle du clivage, de la douche froide, de la déception générale : les fans de la série crient tantôt à la lenteur et au manque de progression des trames, et les lecteurs s’insurgent des violations narratives majeures. Disparition d’intrigues et de personnages forts des livres, déviations incompréhensibles, multiplications des incohérences (des personnages contradictoires avec ceux du livre et inconsistants d’un épisode à un autre)

La formule, nous la connaissons tous désormais. C’est celle, fidèle aux séries du câble, où le paroxysme narratif, le climax de la saison est atteint dans le 9ème épisode, celui qui surclasse tous les autres en terme de budget, avant de résoudre chaque trame et conflits dans le 10ème. [début des spoilers] Cette saison 5 déroge à la règle et nous prend de court : Hardhome avec sa bataille de Durlieu (que les lecteurs déploraient de ne pas avoir eu dans le livre) était épique, un moment comme on en voit qu’au cinéma. Et là, tout est allé trop vite ensuite, notamment la faute au budget (mention aux incrustations cheap de l’envol de Drogon et l’ellipse ridicule de la Bataille des glaces). La fin de saison s’est empressée de conclure les intrigues du livre 5 (et même du livre 6, pour contenter le spectateur qui aurait été sur sa faim si les scénaristes avaient suivi à la lettre la progression d’A Dance With Dragons), dans une grande fin guignolesque, parodique, digne d’une série Z qui prouve que Game Of Thrones n’est devenue que l’ombre d’elle-même.

http://smallthings.fr/wp-content/uploads/2015/06/game-of-thrones-hardhome-season-5-hbo.jpg

Du choc pour du choc, du drame à grand renforts d’hémoglobine en gros plan et de mutilations gratuites. Ainsi, comme Weiss et Benioff l’avaient promis au début de la saison, beaucoup de personnages vivants dans le livre ont été condamnés au cours des dix épisodes. Spoiler ou pas spoiler, se demande le lecteur vis-à-vis du tome 6 ? Au fond, si ce doute permanent (du moins, jusqu’à la publication de The Winds Of Winter) pouvait contenter une partie de l’audimat, l’intérêt de beaucoup de personnes a coulé comme un boulet au fond de l’eau à cause des exigences de la chaine pour fédérer le plus grand nombre : toujours plus d’action, de sang, de sexe, de drame…Comme le plaisir unique – parait-il ! – de la première prise d’héroïne qu’un consommateur cherche inlassablement à retrouver toute sa vie, le spectateur désire retrouver ce frisson incroyable qu’on a tous ressenti lors de la décapitation de Ned Stark. Ainsi, on brûle une fillette, quitte à nous faire détester un personnage que les scénaristes se sont efforcés de rendre plus humain un épisode plus tôt. On imagine de grandes batailles à Meereen entre les fils de la Harpie et les soldats de Ver Gris, faisant passer les Immaculés pour les farouches compagnons de Thierry la Fronde. Les propos de Pierre Serisier sont très justes à cet égard : “On est dans la surenchère permanente, par le nombre des figurants, par la réalisation qui veut tutoyer celle du Seigneur des Anneaux. Ce n’est pas ce qui était attendu par le public, peut-être n’était-ce pas ce qu’il voulait. La disproportion devient la règle, la violence est outrée, y compris dans des scènes anodines qui n’apportent rien au récit.”

Tout le paradoxe de la série est là : les scénaristes brodent et s’inquiètent de la progression de leur histoire par rapport aux livres, mais en même temps, refusent de développer des histoires qui pourraient l’être en plusieurs épisodes (l’élection de Jon notamment), en étendent d’autres inutilement (Brienne qui attend des mois à l’auberge) et perdent un temps fou avec des scènes futiles pour le quota sexuel ou en combats. Il fut un temps où Game of Thrones, c’était une lutte pour le pouvoir (pas avec les plans incohérents de Littlefinger et des téléportations magiques d’un bout à l’autre de Westeros), de la realpolitik, des messes basses et une noirceur toujours justifiée par l’histoire, non l’inverse.

http://i1.wp.com/nerdbastards.com/wp-content/uploads/2014/09/arya-back.jpg

Alors oui, le tome 4 et 5 se montraient intéressants avec les conspirations politiques à Port-Réal (dont le déclin de Cersei, remarquablement mis en scène dans l’épisode 10) puis l’incapacité de Daenerys à gouverner une ville, mais il manquait cruellement d’action, et ces deux tomes se sont révélés frustrants en bien des points corrigés par la série : Tyrion gravite autour de Daenerys sans jamais la rencontrer, la Bataille des glaces (Stannis contre les Bolton) semble ne jamais arriver, la situation s’enlise à Meereen mais la Targaryen est toujours aussi loin de son trône, et puis les Autres, parlons-en, ne sont pas une menace si tangible à deux livres de la fin. Seulement les auteurs, empêtrés dans la vulgarisation massive de l’histoire, perdent leur objectif de vue. Il y a cet effet papillon qu’évoquait G.R.R. Martin (une décision mineure en saison 3 pouvait se répercuter bien plus gravement saison 5), mais le problème réside surtout dans une mauvaise économie de l’histoire.

L’intrigue de Dorne par exemple, est massacrée au plus haut point. Totalement fictive et plutôt bienvenue au départ, une succession de maladresse narrative et de mauvais choix ont rendu cette trame plus que parodique. Quand les décors devaient ressembler un paysage irakien (il fait chaud, très chaud à Dorne), on débarque sur une dune avec quelques nuages gris dans un plan improvisé qui consiste à s’infiltrer aux Jardins aquatiques, à la vue de tous. Par magie, les aspics des sables entrent en scène au même moment, à se croire dans un quiproquo de La Grande Vadrouille. Doran Martell (Alexander Siddig) devait être introduit comme le personnage majeur de cette saison 5 : un homme d’une cinquantaine d’années qui en fait vingt de plus sous sa couverture, apathique à cause de la goutte, incapable de venger la mort de son frère Oberyn et sans contrôle sur Dorne. Or, en réalité, il est l’un des joueurs les plus brillants aux côtés de Varys ou Littlefinger, avec un coup d’avance sur ses ennemis et un plan bien défini pour gagner le cœur de Daenerys. Rien de tout cela ne transparait dans la série. A la place, des scènes futiles comme Bronn qui convoite la poitrine d’une des aspics. Et les exemples de négligence affluent. Comment font les déserteurs de Stannis pour quitter un camp bloqué par la neige depuis des semaine, avant que la neige fonde ? (en s’échappant avec tous les chevaux hormis celui de Melisandre) Et si la neige fond ensuite, comment Sansa et Theon peuvent-ils sauter des remparts et survivre ? Comment Stannis, à l’avant-garde au début de la boucherie, peut-il finir unique survivant, et cela au milieu des bois ? Quant à Daenerys (perdue dans les hautes herbes dothrakis dans le livre) comment peut-elle ne pas apercevoir les dizaines de milliers de cavaliers du khalasar qui fonçent sur elle ? Un décor qui pourrait être Winterfell, les Iles de Fer, le Conflans, en un mot, qui n’a rien de singulier.

http://cdn.hollywoodtake.com/sites/hollywoodtake.com/files/styles/large/public/2015/04/07/sand-snakes-and-dorne-game-thrones.png?itok=CubSXQVu

Je citerais un membre du forum de la saga pour préciser ma pensée sur l’intention des deux auteurs : « Benioff et Weiss sont comme deux cuisiniers qui essaieraient de faire passer un repas médiocre en misant tout sur le dessert, en espérant que le client partira avec le souvenir de ce dernier dans la bouche. Ca ne marche pas tout le temps, ou plutôt, ça commence à se remarquer. » Que reste-t-il donc à faire ? Sauter du navire avant qu’il ne finisse au fond des mers du Crépuscule ? Une séduisante idée, a priori.

Le lecteur que je suis souhaite ne pas se faire spoiler lors de la saison 6, et préfère apprécier le livre avant de juger son adaptation sur le petit écran. En bon optimiste, je pense que The Winds Of Winter sortira lors de la première moitié de 2016, soit peu avant le début de la saison 6, comme le prévoit G.R.R. Martin, ou peut-être peu après. Seulement on imagine mal comment le livre 7 (voire l’éventuel livre 8) pourra conclure la saga avant que la série ne s’en charge. Or, nous savons tous qu’en cette époque de Facebook, Twitter et de potes peu scrupuleux qui viennent crier/partager que tel personnage s’est fait trucider comme un marchand de poisson crie les mérites de son poisson frais, c’est impossible. Nul ne peut ignorer les spoilers avec toute la bonne volonté du monde. Game Of Thrones est partout, tout le monde en parle et son succès est dû en partie par la consommation et la communication immédiate. Car oui, on brûle des petites filles, on tue les commandants de la Garde de nuit, on plante des couteaux dans le ventre d’une femme enceinte (qui n’est justement pas enceinte dans le livre), non pas pour faire de la série un objet esthétique ouvert à l’interprétation, mais un objet uniquement façonné pour choquer et faire parler. Parce que les auteurs savent que leur public a été pris en otage, qu’il reviendra de son gré ou non et continuera à s’inquiéter du sort de leurs personnages favoris, quitte à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

http://www.blastr.com/sites/blastr/files/HBO-Iron-Throne.jpg

Review – Loin de la foule déchaînée

Thomas Vinterberg, réalisateur danois, est plus connu pour des films assez sombres et dérangeants tels que Festen, Dear Wendy ou encore La Chasse, primé au Festival de Cannes. Dans son dernier long-métrage, le réalisateur s’éloigne ainsi de son univers avec Loin de la foule déchaînée, qui nous conte un triangle amoureux durant l’Angleterre victorienne.

En premier lieu, il faut savoir que le film est tiré d’un des romans les plus populaires du Royaume-Uni, écrit par le talentueux Thomas Hardy. Le pari était ainsi élevé afin d’adapter fidèlement cette histoire romanesque. L’histoire c’est celle de Bathsheba Everdeene (Carey Mulligan) qui se retrouve à la tête d’une exploitation fermière héritée à la mort de son oncle. Soudainement, Bathsheba monte l’échelle sociale et se voit courtisée par trois hommes issus de milieux sociaux complètement différents.

Une vision positive de la femme

Dès le début du film, avant même que l’héroïne ne change de statut social, on rencontre une femme forte et indépendante. Elevée par sa tante, Bathsheba estime qu’elle n’a pas besoin d’homme dans sa vie et ne voit pas l’utilité d’un mariage. Courtisée par le fermier, Gabriel Oak (Matthias Schoenaerts), issu d’une classe sociale supérieure, elle ose refuser sa demande. Nous avons à faire à une femme impétueuse et sûre d’elle, chose très intéressante lorsqu’on prend en considération l’époque à laquelle le livre fût rédigé.

Devenue maîtresse de l’exploitation fermière, avec un bon nombre d’employés sous ses ordres, Bathsheba va devoir se confronter à un monde impitoyable d’hommes qui n’envisagent pas qu’une femme puisse tenir une ferme, ou qui estiment que son blé vaut forcément moins cher que celui d’un homme. L‘héroïne est intelligente mais surtout très ambitieuse : elle possède toutes les cartes en mains pour que sa ferme devienne la plus prospère des environs.

 

Une histoire romanesque

Toutefois, l’intrigue qui a fait vibrer des millions de lecteurs, est une histoire de cœur. La propriétaire ne mesure pas l’effet qu’elle produit sur les hommes croisant son chemin. Ne croyant pas à un mariage sans amour et ayant encore moins besoin d’un homme une fois devenue propriétaire, elle est prise au milieu d’un tourbillon lorsque deux autres hommes la courtisent : son voisin, M. Boldewood (Michael Sheen) riche propriétaire fermier, l’homme célibataire le plus prisé de la région, et le sergent Frank Troy (Tom Sturridge). Elle va donc devoir faire le bon choix parmi les nombreuses opportunités qui lui sont proposées et cela ne vas pas être chose aisée.

Le film est d’une fraîcheur et d’une qualité remarquable. On se passionne pendant plus de 2h par le destin réservé à Bathsheba et on a adoré la manière dont le réalisateur s’y est pris pour faire monter les émotions en crescendo et arriver, à l’issue du film, à un climax qu’on ne vous révèlera pas, bien entendu. Contre toute attente, l’humour est omniprésent dans le film et on se régale notamment des échanges corsés entre Bathsheba et le fermier Oak.

Présent lors de la projection, le réalisateur Thomas Vinterberg nous a avoué être littéralement tombé amoureux du scénario, chose fondamentale quand on réalise un film selon lui, expliquant que le changement de registre ne lui a pas fait peur. Concernant le choix des acteurs, il a affirmé avoir su que Carey Mulligan était parfaite pour le rôle dès la dixième page du scénario. On confirme que l’actrice brille de mille feux et nous fait une nouvelle fois preuve de son talent d’actrice mais aussi de chanteuse après sa magnifique scène dans Shame. Concernant l’acteur Matthias Schoenaerts (De Rouille et d’Os), il se démarque tellement qu’il finit par faire de l’ombre aux deux autres comédiens principaux, bien que Michael Sheen (Masters of Sex) soit également excellent dans son rôle, et interprète la souffrance et le rejet avec brio.

Les romantiques en tout genre seront donc amplement séduits. Le film, qui sort dans les salles françaises ce mercredi, semble parfait pour débuter le mois de juin avec gaieté.

Review – St. Vincent : Feel Good Movie en demi teinte.

St. Vincent est le 2ème long-métrage de Theodore Melfi, plus connu en tant que producteur, et peut se targuer d’avoir décroché deux nominations aux Golden Globes 2015. Le film raconte l’histoire de Vincent (Bill Murray), ancien vétéran de la guerre du Vietnam, retraité et misanthrope qui fait la rencontre de ses nouveaux voisins : Maggie (Melissa McCarthy) fraîchement divorcée et son fils, Oliver (Jaeden Lieberher).

Seulement Vincent n’est pas un gentil voisin attentionné, il possède toutes les caractéristiques de l’anti-héros et passe plutôt ses journées au bar, à parier ses derniers sous sur des chevaux ou en compagnie de Daka (Naomi Watts), une prostituée russe, enceinte jusqu’aux yeux. Vincent vit seul avec son chat, très satisfait de sa vie et de ses fréquentations, mais sa rencontre avec ses voisins va bien évidemment faire basculer son quotidien pour le meilleur et pour le pire.

Lorsque sa voisine Maggie, dépassée par sa vie professionnelle et son nouveau rôle de mère célibataire sollicite son aide pour garder son fils après les cours, Vincent accepte uniquement pour l’argent. Du moins, jusqu’à ce qu’une relation très forte se crée entre lui et le jeune Oliver…

Si Vincent n’a rien d’un saint comme le titre le laisse suggérer, il cache cependant un bon fond et devient peu à peu une figure paternelle pour Oliver. Ce dernier exerce une bonne influence sur le vieil homme et parvient progressivement à lui faire baisser sa garde. Laissant Oliver entrer dans son quotidien, l’anti-héros cache finalement un personnage meurtri et le spectateur éprouve de la difficulté à ne pas ressentir de l’empathie.

St. Vincent est un « feel good movie », le genre de film qui met du baume au cœur, et bien que l’histoire ne soit pas très originale et prévisible par moments on passe un excellent moment. Le film repose surtout sur les épaules de Bill Murray, qui arrive avec brio à interpréter un personnage cynique et caricatural, rôle de composition qui semble presque avoir été écrit pour lui. Les acteurs sauvent majoritairement le film, on pense à Naomi Watts, excellente en prostituée et future maman dont l’accent russe la rend hilarante. Melissa McCarthy, quant à elle, sort de sa zone de confort et de ses rôles comiques. On la redécouvre ici et on s’aperçoit qu’elle est également capable de faire passer des émotions avec un jeu sincère et juste. Sans ces acteurs de renoms, le film serait sans doute passé inaperçu et on comprend sans doute pourquoi. Sans ce casting, peut-être aurait-il peiné à séduire au cinéma, laissant présager la raison qui a conduit à sa sortie directement sur DVD et plateformes.

Review – Dear White People

Dear White People est le premier long-métrage de Justin Simien qui s’est inspiré de sa propre expérience d’étudiant noir dans une université peuplée majoritairement de personnes blanches. Le film a fait ses premières armes au Festival de Sundance 2014 où il est reparti avec le prix spécial du jury.

L’histoire du film, c’est d’abord celle de Samantha White (Tessa Thomson), jeune étudiante en cinéma qui occupe son temps libre en diffusant une émission de radio sur les ondes de son école. « Dear White People », c’est le nom de l’émission, et c’est ainsi qu’elle commence chacune de ses émissions dans le but de lutter contre les stéréotypes et le racisme à l’encontre des afro-américains. Un terme qui devrait être lui-même prohibé selon elle, car utilisé par les personnes craignant de dire le mot « noir ». Samantha essaye donc à son échelle de pointer du doigt les inégalités et différences que subissent les étudiants noirs, et à cette fin, se lance dans une course pour devenir présidente des associations étudiantes.

Le film s’attache à retracer l’intégration, ou plutôt la désintégration d’une minorité de personnes noires dans la prestigieuse université de Winchester. Si l’histoire semble intéressante au premier abord, on a davantage le sentiment d’assister à un teen movie qui a pour toile de fond un message important mais bien trop sous-jacent. Ainsi, si le réalisateur voulait décrire sa propre expérience pour lutter contre le racisme ordinaire, on regrette qu’il ait eu besoin de le faire en (ab)usant lui-même des clichés et stéréotypes omniprésents dans la manière de représenter ses personnages. On peut tout d’abord citer Lionel Higgins (Tyler James Williams, Everbody Hates Chris, récemment aperçu dans The Walking Dead), un jeune paria noir et homosexuel. Brimé, quasi invisible, Lionel lutte pour se faire une place dans l’université mais aussi au sein d’un dortoir qu’il a du mal à intégrer. Pour tenter d’être accepté par ses pairs il décide d’écrire dans le journal du lycée et consacre un article aux coulisses du combat que mène Samantha contre le racisme, mais aussi contre ses adversaires concourant à la présidence des associations. Le personnage de Lionel reste dans la caricature, sans échapper à des péripéties aussi attendues que peu originales.

Le film se nourrit essentiellement d’une intrigue banale et convenue. Dans la liste prévisible des personnages qu’on imaginerait vient Colandrea ‘Coco’ Conners (Teyonah Parris), l’étudiante noire qui ne s’assume pas et rêverait d’être blanche. Issue d’un milieu modeste, elle réussit à monter l’échelle sociale en intégrant cette prestigieuse université mais caresse le doux rêve de devenir célèbre en participant à une émission de téléréalité … Citons également Troy Fairbanks (Brandon P. Bell), l’étudiant noir totalement intégré, ancien président des associations, fils du doyen de l’université et donc dans l’ombre de son père (qu’il ne peut décevoir bien entendu). Enfin, il y a les deux personnages blancs centraux, Kurt et Sofia Fletcher, qui symbolisent la réussite sociale. Leur père, président de l’université se livre depuis des années à une petite compétition avec le doyen, et leurs deux fils décident de reprendre le flambeau. Dear White People, juxtapose et se nourrit de ces différentes histoires pour nous raconter le quotidien de la population noire de Winchester, mais son principal défaut réside dans la superficialité du traitement de ses personnages.

L’idée du film, excellente et louable, souffre malheureusement d’un scénario bancal et faible. Après vingt minutes, on réalise que la cause noire semble être un prétexte pour parler des difficultés rencontrées par les adolescents (l’intégration, l’estime de soi, l’orientation sexuelle…), qui semblent être l’unique public visé par le réalisateur. Le film aurait pu se centrer bien mieux sur son sujet qu’il ne fait qu’esquisser, à savoir le racisme persistant vis-à-vis de la population noire aux Etats-Unis. Cette comédie sociétale aurait pu être dans la veine des films de Spike Lee mais n’arrive malheureusement pas à sa hauteur.

Dear White People, de Justin Simien, sort dans les salles le 25 mars.

Battle Creek : conte d’une maladie ordinaire

Avant tout chose, mettons-nous d’accord sur un point : non, Battle Creek n’est pas la nouvelle série de Vince Gilligan. Enfin techniquement si, en partie, mais pas dans les faits. Si la série est bien développée par lui et David Shore, le créateur de House, il n’est pas question de scénarios à quatre mains signés par le coup de plume créatif de Gilligan, au-delà de ce pilot. Le showrunner de Breaking Bad, déjà bien occupé sur Better Call Saul, est effectivement à l’origine de l’idée principale…en lisant le paquet de ses céréales pendant son p’tit déj’ (à mon grand regret puisque l’année dernière seulement, j’ai été frappé de la même idée en regardant mes Kellogg’s…). Le sujet n’a intéressé personne jusqu’à sa série explosive autour d’un fameux chimiste associé à un dealer, qui a eu le succès que nous connaissons tous.

Autant le dire tout de suite, Battle Creek n’a rien de Breaking Bad, ni sur le fond, ni sur la forme. On dit même que le pitch tient sur une boite de céréales : deux flics que tout oppose se retrouvent impliqués dans une même enquête. L’un a la gueule d’un boxeur qui aurait subi trop de K.O., éternel second qui n’a jamais lu le code pénal et qui vient de Battle Creek, Michigan, « petite bourgade » de 50 000 habitants (Dean Winters, alias Ryan O’Reilly, la tête brulée d’Oz). L’autre a une gueule d’ange, modèle de réussite qui a foi en l’homme et est envoyé par le FBI pour mettre en émoi les fliquettes de Battle Creek (Josh Duhamel, qui occupait plus ou moins le même rôle dans Las Vegas). On comprend donc bien vite que le nom de Vince Gilligan au générique n’est là que pour l’argument commercial.

Avant la diffusion, deux raisons nous poussaient déjà à être sceptiques. D’une part, parce que d’après la bande-annonce, prétendre que Battle Creek représentait authentiquement la ville revenait à dire qu’une série se déroulant à Venise pouvait être tournée à Lille. D’autre part, parce qu’AMC, qui a produit Breaking Bad, n’a pas la même philosophie que la CBS, bien plus méfiante envers les audiences. Le pilot donne raison à nos doutes : tout dans ce premier épisode nous rappelle que nous sommes sur un network qui ne souhaite pas s’affranchir des conventions (The Mentalist, Unforgettable, Esprits Criminels, NCIS, Les Experts 1/2/3/4, toujours la même formule). Même la réalisation confiée à Bryan Singer (Usual Suspects), qui s’était occupé du pilot de House, fait dans le conformisme, loin de toute audace. Cette maladie symptomatique d’une chaine qui ne vise plus l’élément de surprise est peut-être ce qui mènera la série à sa perte.

Les binômes antagonistes good cop vs bad cop sont récurrents à la télévision, et si quelques surprises tombent parfois comme True Detective il y un an, rien n’indique que le public en redemande. Si l’alchimie entre les deux acteurs fonctionne assez bien, se reposer sur un duo faussement singulier semble bien maigre pour tenir le rythme d’une saison. En témoigne les limites de l’écriture des dialogues entre l’un et l’autre, qui se résument à des divergences d’opinions et de méthodes. Sans doute feront-ils la paix à la fin de la saison pour mieux se chamailler la suivante. Toujours est-il que les répliques manquent de mordant et laissent rarement la place à un sous-texte. Tout est bien huilé pour vulgariser une histoire déjà classique sur la forme, puis une enquête qui ne vise jamais à (nous) transcender. Un banal double homicide, sur fond de dealers de drogue, de minorités ethniques et de drame familial, soit bien peu de cartouches pour sensibiliser le spectateur d’entrée de jeu, surtout face à la concurrence. Face à la vague d’investigations, on attendait plus de frisson de la part de Shore et Gilligan.

En se reposant sur une formule d’une enquête par épisode, la série court sans doute vers son annulation après les audiences médiocres du pilot, surtout comparées au lancement de CSI: Cyber. Ce n’est pas le rock eighties piqué à la bande-son de Magnum qui fera changer d’avis, pas plus que son générique végétatif ou la brochette de personnages trop caricaturaux pour nous faire esquisser un sourire sincère (mention à Funkhauser). Le dénouement de l’enquête très convenu et forcé par des bons sentiments grandiloquents manque surtout de ponctuer efficacement l’épisode. Recalibrer ses attentes pour une série conforme à la moyenne est sans doute plus raisonnable. Ni Greg House, ni Walter White n’ont à s’inquiéter. Finalement, comme l’agent Milt Chamberlain, qui n’accueille pas sa mutation avec la plus grande béatitude, nous ne sommes pas réellement encouragés à apprécier Battle Creek, ses citoyens et sa mauvaise graine.

http://series.batanga.com/sites/series.batanga.com/files/imagecache/primera/presentacion-de-battle-creek-vince-gilligan-1.jpg

Review – Kingsman

Après s’être attaqué aux super-héros, Matthew Vaughn (Kick-Ass, X-Men Le Commencement) revient avec Kingsman, un film complètement atypique dédié aux agents secrets.

Après avoir adapté Kick-Ass sur grand écran, Matthew Vaughn s’est inspiré d’une autre bande dessinée, Kingsman, signée Dave Gibbons et Mark Millar. Kingsman c’est le nom de code d’une agence top secrète qui regroupe des hommes et des femmes travaillant pour le gouvernement britannique. Lorsque l’un de ses membres meurt, le groupe se lance à la recherche d’un nouvel agent afin de trouver son nouveau Lancelot. Parmi les candidats – majoritairement issus de l’élite britannique – on compte Gary « Eggsy » Unwin (Taron Egerton), un jeune rebelle tout droit sorti des mauvais quartiers de Londres. Survivra-t-il à cet entraînement intensif et rejoindra-t-il les rangs de Kingsman ?

Kingsman:The Secret Service

 

Un film d’espionnage

Au premier abord le film respecte le schéma classique des films d’espionnage à la James Bond ou Men In black, notammant à travers la relation de l’agent Galahad (Colin Firth) et de son apprenti Eggsy, relation qui dépasse vite le simple stade professionnel. Firth incarne ici le fameux agent secret et gentleman dans un costume taillé sur mesure, usant de gadgets tous plus petits mais plus puissants les uns que les autres, afin de venir à bout de ses adversaires. Son possible futur mentee est une sorte de paria qui ne parvient pas à entrer dans le moule mais qui parvient malgré ses défauts à se hisser au top du classement. Un détail comme un autre qui rend la trame prévisible par moments. Les ingrédients habituels sont alors de mise et on oscille entre secrets et trahisons sur fond de loyauté. Toutefois, comme une marque de fabrique, le réalisateur fait basculer ce conformisme en quelque chose de moins habituel : l’humour. On reste très loin des films d’Hazanavicius, comme OSS-117 où l’on rit surtout du personnage principal, mais on se rapproche de l’humour dont seuls certains comics tels que Scott Pilgrim Vs The World ont le secret.

 

Une comédie potache

Ainsi, malgré le respect des codes, le film est une parfaite réussite qui allie humour et satire tout en rendant hommage aux chefs d’oeuvre du genre. Les personnages font par exemple référence à des répliques, scènes kitsch ou cultes prononcées par leurs illustres prédécesseurs. Kingsman est aux agents secrets ce que Kick-Ass était aux supers-héros : le cinéaste a bien compris comment séduire le grand public et n’hésite donc pas à user des codes de son propre genre.

La qualité du film repose également sur la personnalité de certains personnages, notamment le grand méchant incarné par Samuel L. Jackson, un acteur qui ne manque jamais de nous surprendre. Très loin de ses rôles dans Pulp Fiction, Star Wars ou plus récemment Avengers, l’acteur est tout simplement hilarant. Il incarne Richmond Valentine, un prétendu philanthrope affublé d’un look de rappeur et d’un zozotement (détail absent de la version française, raison de plus pour aller le voir en version originale). L’acteur pensait en effet que cette particularité rendrait le personnage plus marquant, et s’est servi de l’exemple du défaut de prononciation de Mike Tyson pour persuader le réalisateur. On peut également saluer la performance de Colin Firth, qui sort de sa zone de confort en se lançant dans un film d’action, genre dans lequel on avait un peu de mal à l’imaginer mais dans lequel il évolue à merveille – il réalise d’ailleurs la plupart de ses cascades sans doublure.

Kingsman s’inscrit dans la droite lignée de Kick-Ass, l’opus précédent du réalisateur : un film déjanté qui mélange humour et scènes d’action violentes, porté par une bande-originale éclectique et prenante et porteur d’un message sur les classes sociales : à force de travail et de mérite, la réussite est toujours à portée de main. En un mot, une totale réussite ! Le film est actuellement en salles, si vous voulez rendre service à Sa Majesté, vous savez ce qu’il vous reste à faire…