Review: La La Land

Réalisateur: Damien Chazelle

Acteurs: Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons

Genre: Romance, Comédie musicale

Nationalité: Américain

Date de sortie: 25 janvier 2017

Durée: 126mn

 

 

 

 

Probablement par pure esprit de contradiction, j’ai une nette tendance à me méfier de ces œuvres artistiquement calibrées pour les Oscars (on dénombre déjà pas moins de 14 nominations), dont la campagne promotionnelle oppressante (car omniprésente) créée un bloc massif d’engouement venant à la fois de la part de la presse et des spectateurs. Quand on se sent «obligé» d’aimer un film qui fait consensus, j’aurai fatalement besoin de chercher la petite bête. Or, La La Land est tout de même surprenant… Je dois tout de même dire que j’ai passé un bon moment, mais si le film n’est pas exempt de défauts… Malgré le nombre incalculable de citations aux grands classiques de la comédie musicale, ce long-métrage reste très franchement inégal.

 

Synopsis:

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.

 

D’entrée, ce qui gêne dans La La Land reste probablement ce fétichisme envers l’âge d’or hollywoodien assez entêtant, voir carrément redondant. Car oui, La La Land convoque des hommages si lourdement qu’il est difficile de ne pas entrer dans la comparaison. Que Damien Chazelle le veuille ou non, il se mesure forcément aux Demy, Donen, Minnelli… Que ce soit au niveau de la BO de Justin Hurwitz, totalement banale et facile, ou encore des chorégraphies généralement pauvres ; on reste du coup dans ce cadre peu original et finalement peu attachant, par rapport à tous les modèles évoqués durant tout le long du film. Pour revenir brièvement à la BO, Justin Hurwitz semble se contenter de peu, en répétant à plusieurs reprises les mêmes thèmes (en changeant très légèrement les variations autour) et crée ainsi une partition joli certes mais ô combien ennuyante. Quant aux prestations à proprement parlé, Ryan Gosling et Emma Stone font de leur mieux, mais le résultat n’est pas à la hauteur de ce que la promotion nous vantait. Emma Stone aura ceci dit le mérite de chanter juste (bien que faiblement). C’est bien plus compliqué pour Ryan Gosling qui, cela dit, aura eu la «chance» d’avoir une chanson composée de 3 notes 1/2 pour limiter la casse (City of Stars). Malheureusement, leur manque de prestance vocale et de coffre est assez raccord avec la part réaliste du film, mais cela dessert complètement le côté comédie musicale. On s’étonne également que le jazz ne soit pas plus mis à l’honneur, surtout quand le personnage principal s’en dit «puriste»… On essaiera aussi de fermer les yeux face au désastre que représente le développement des personnages secondaires (rip J.K. Simmons), comme si chacune de leur présence était purement anecdotique. Finalement, ce qui est assez décevant aussi, c’est de se dire qu’un film de la stature de La La Land n’arrive pas à engendrer autant d’émotions que les œuvre auxquelles il aime tant se référer.

 

 

 

 

Le visuel

Toutefois, un des atouts principales (et indéniable) de La La Land reste très certainement son esthétique qui fait directement échos à ses prédécesseurs, les comédies musicales des années 50 et 60. En effet, ce travail très contrasté des couleurs fascine notre rétine et nous rappellent les œuvres de Jacques Demy (la scène d’introduction par exemple, qui fait référence à celle des Demoiselles de Rochefort) ou encore Vincente Minnelli (le final qui, bien évidemment, est directement inspiré de celui d’un Américain à Paris). De plus, on notera le travail très évocateur des costumes qui renvoient instinctivement à un sentiment bien précis.

En effet, dans La La Land, les couleurs ont un rôle et une signification bien précise, et seront en constante évolution tout le long du film. Le format chapitré sous forme de saisons marque les transitions entre ces diverses couleurs, et parallèlement entre les sentiments des personnages principaux. Durant toute la première partie, on remarque le travail sur les couleurs primaires (bleu, jaune et rouge), notamment à travers les costumes. Ainsi, la robe bleue de Mia est l’expression des rêves, du fantasme, de la candeur et du besoin de découverte de ce personnage. La robe bleue, qui transitera vers la robe jaune, symbolisme de la joie, de son ouverture à l’amour (cf la première scène de danse entre Mia et Sebastian, et les débuts de leur relation), mais également de sa confiance en soi (on notera cependant la redondance du bleu à travers l’éclairage ou autres textures, qui baigne nos personnages et rappelle doucement la part onirique de chaque scène). 

Puis avec sa deuxième partie, le film devient alors un traité acerbe de la désillusion amoureuse sur un fond caractérisé par les aspirations professionnelles contrariées. Les couleurs deviennent alors plus ternes, plus proches de la réalité. On s’affranchit petit à petit de l’aspect comédie musicale pour laisser place à un plus grand réalisme.
On notera également que l’esthétisme de La La Land n’est pas sans rappeler celle du peintre naturaliste Edward Hopper (dont on aperçoit un tableau à un moment). Les plans nocturnes rappellent particulièrement certaines de ses œuvres comme «Nighthawks» , «New York Movie», ou encore «Summer». On note une prédominance des couleurs primaires, un travail important sur la lumière (souvent isolée, actrice à part entière de la scène qu’elle illustre), ainsi que des couleurs très contrastées. Le parallèle devient évident, en particulier avec la scène de danse entre Mia et Sebastian, après l’observatoire.
Toute la fascination pour les paysages urbains, l’Amérique, qu’avait Edward Hopper, se retranscrit parfaitement aussi dans l’œuvre de Damien Chazelle.
On peut également faire un parallèle avec l’esthétique de Paris Texas (Wim Wenders – 1984) et ses lumières artificielles aux teintes très saturées.

 

 


Les allers retours entre réalité et fantasmes, illusions et vérité

Mais là où le film devient tout de même bon, c’est lorsqu’il se détache de ses parties chorales. Effectivement, la seconde moitié du film distille lentement mais sûrement une impression plus amère. En effet, à travers Los Angeles et Hollywood, symbolisme des rêves qui se réalisent, Damien Chazelle amène une poignante allégorie des illusions perdues, autour de cette machine à rêves. Le film quitte ce conte musical féerique, pour atterrir dans la réalité, celle des difficultés économiques, du renoncement, des promesses non tenues, des rêves brisés. Se pose alors un questionnement assez intéressant… Doit-on renoncer à son intégrité artistique le temps de se donner les moyens de concrétiser un rêve? A quel moment l’espoir d’un métier devient-il un fantasme? Là, réside véritablement tout l’intérêt du film… Car derrière l’emballage éclatant et bariolé de ce conte, se cache un récit fataliste sur la poursuite des rêves.

A ceci s’ajoute une histoire d’amour contrariée par la dure réalité de l’existence (mais assommée par de trop nombreux clichés malheureusement). Effectivement, la vision de Damien Chazelle sur l’amour demeure assez cynique. Notamment dans la scène finale qui, sous forme de flashback, laisse entrapercevoir les fantasmes (ou les regrets) de Mia et/ou Sebastian. Cette séquence est toutefois très intéressante car, en plus d’être non conventionnelle, elle souligne le fait que la vie apporte sont lot de désillusions, surtout lorsque l‘on souhaite se réaliser individuellement. Permettant ainsi à chacun de s’élever, et finalement de se sentir mieux qu’avant. L’épanouissement individuelle est possible, ainsi que le bonheur, loin des happy ending classiques, de l’amour éternel et d’un être idéal qui n’existe pas.

 

 

Petit drame sentimental (en demi teintes) maquillé assez sublimement en grand film de l’âge d’or Hollywoodien,  qui a le mérite de mettre en lumière les grands classiques, mais aussi de dénoncer la machine à rêves hollywoodienne qui amène à l’aliénation et aux désillusions.

 

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Ines

Citoyenne du monde, cinéphile, dessinatrice, rat de bibliothèque et mélomane à temps complet.

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