Interview – Mawimbi : Back to Black

Depuis le tournant des années 2010 et le renouveau de la scène électronique française on a assisté à une multiplication de collectifs de jeunes – et moins jeunes – gens décidés à explorer les friches musicales et géographiques de la capitale et de ses alentours pour réinventer la nuit parisienne. Parmi tous ces collectifs une petite structure monté par 5 amis a plus que tiré son épingle du jeu : Mawimbi. Programmés à Concrete, aux Solidays ou à la Gaieté Lyrique, régulièrement invités sur Rinse FM ou sur l’historique Radio Nova les 5 membres de Mawimbi ne se sont pas fait connaître par leurs fêtes géantes ou leur envie de Berliner Paris mais par l’immense amour de la musique noire qui suinte de chacun de leurs sets, podcasts et soirées. A l’occasion de leur passage au Badaboum en compagnie de Jungle By Night et Umeme Afrorave le 15 Avril on a été leur poser quelques questions.

Quelle est la genèse du projet Mawimbi ? 

Tout un ensemble de facteurs : d’abord on est un groupe de potes et on se connait tous depuis quelques années. Clément et Bertrand proposaient déjà des métissages au sein de leur duo Pouvoir Magique au travers ce qu’ils appellent « techno chamanique ». Adrien écoutait déjà pas mal de musiques africaines (malienne notamment), Lucas beaucoup de UK Funky et de bass music. Alex, lui, explorait un peu le hip hop africain. Disons que c’était un fil rouge assez évident entre nos goûts respectifs. C’est une référence qui nous semblait manquer un peu : une partie importante de la musique club doit tout (ou presque) à la musique noire. Ce fil rouge nous permet d’exprimer nos influences diverses et d’explorer certains pans de la musique que l’on avait pas pris autant le temps de défricher auparavant. Sinon, plus concrètement il y a eu une première soirée Chez Moune en mai 2013, puis quelques soirées dans l’été, la Concrete en septembre, la Gaîté Lyrique en novembre. Au fil du temps, nous avons fait de nombreuses rencontres et découvertes qui nous ont donné envie de poursuivre.

 

Sur votre site on peut lire « Mawimbi est une cérémonie rituelle et mouvante ». Comment ça se traduit dans votre musique et dans vos fêtes ?

C’est une manière de dire qu’on peut jouer partout, que notre spectre musical est assez large et que nous accordons une grande place à l’esprit de communion inhérent à la danse et à la fête.

Durcissement du dialogue inter communautaire, montée des extrêmes …. par les temps qui courent cette démarche peut être perçue comme politique, vous assumez cet aspect ? Ou vous vous posez en simples artistes ?

Nous assumons totalement que ça puisse être perçu comme politique. Mawimbi n’a pas de vocation partisane (nous ne serions déjà pas tous du même avis à ce sujet là), pour autant un ensemble de valeurs sous-tend clairement notre démarche et quelques idées fortes : la musique n’a pas de frontières, les musiques actuelles doivent beaucoup aux musiques noires. Nous avons toujours voulu faire très attention à ce que notre démarche ne s’apparente pas à une sorte d’appropriation culturelle, c’est même tout l’inverse que nous souhaitons : rendre à l’Afrique ce qui appartient à l’Afrique. On sait que cet héritage a été pillé sans vergogne. Du fait de ce histoire, le sujet est épineux. Et si cela permet de faire avancer le vivre ensemble, le dialogue des cultures, tant mieux. Quant à assumer, oui, et nous avons d’ailleurs publié un message à propos des victimes de l’attaque de l’Université au Kenya car il nous semblait très important d’en parler. Après, on sait très bien qu’une publication facebook ne change pas le monde. Mais parler de musiques et de cultures qui ne nous appartiennent pas sans penser à leur contexte, ça n’est pas raisonnable.

 

Boucler la boucle et aller jouer en Afrique, par exemple en Afrique du Sud où là scène house est super riche, c’est un projet que vous avez ?

Justement, cela rejoint ce que l’on disait juste au dessus. Un tel projet doit être extrêmement construit pour permettre de vrais échanges culturels. Jouer en Afrique du Sud, dans un pays où la scène est si forte et si développée n’est pas forcément le plus novateur et le plus défricheur. Ce qui nous plairait vraiment serait d’avoir une tournée où nous pourrions rester plusieurs jours dans certaines villes, à la rencontre d’artistes locaux, enregistrer leur musique, collaborer vraiment. S’il s’agit de jouer devant la jet-set, de faire un voyage type « club med » alors ça n’a aucun intérêt.

 

Vous citez souvent Meditations on Afrocentrism de Romare comme le disque déclic, celui qui vous a poussé à monter Mawimbi. Quels autres artistes ont eu un impact important sur votre démarche (collectivement ou individuellement) ?

Beaucoup d’artistes de jazz et de hip hop, mais précisément pour Mawimbi, nos héros s’appellent Auntie Flo, Esa, Mr Raoul K, Clap! Clap! Murlo ou même les DJs de Sound Pellegrino, qui soutiennent ces musiques un peu plus difficiles à cartographier depuis plusieurs années (Alex : c’est par eux que j’ai découvert le morceau « Que Barbaro » d’MMM, ce genre de sons me faisait bouger plus que les autres). Il y a eu également quelques rencontres marquantes telles que celles avec Nomad (Africaine 808). Pour des concerts et DJ sets marquants on pense au live de Shackleton, au projet Acid Arab, aux concerts comme la création d’Etienne Jaumet et les mâalem à la Gaîté Lyrique qui offraient une musique électro-gnawa incroyable.

Au moment où paraîtra cet interview on sera à quelques heures de le release party de votre premier disque, vous pouvez me parler de ce qu’on pourra y trouver  ?

Ce projet de compilation se décline sur deux supports : un vinyle de 4 titres et une édition digitale de 9 titres. L’idée était de rassembler des artistes proches de cette idée de la musique que nous défendons. Le spectre musical est donc volontairement large : de la disco « sekele » camerounaise à la bass music la plus moderne ! Les artistes viennent du monde entier (Paris, Londres, Amsterdam, Atlanta, Montevideo) et partagent tous cette appétence particulière pour les musiques africaines. On a tenu à ce que la première référence sur notre label soit une compilation pour signifier que nous évoluons dans un registre très ouvert et sommes attentifs à ce qui se passe aussi bien près de nous (la compilation compte 3 morceaux « parisiens) qu’à l’autre bout du globe. Il nous tenait à coeur de retranscrire à travers une compilation l’esprit de nos DJ sets!

 

Le 15 Avril vous serez au Badaboum avec Jungle By Night et Umeme Afrorave. Gros plateau. Vous avez prévu quelque chose de spécial pour les gens présents ce soir là ?

On prévoit toujours nos djs sets en fonction du contexte dans lequel on joue. Evidemment, quand on fait le warm-up de Jungle By Night on ne va pas jouer des trucs footwork ou même house. On essaye aussi de proposer quelque chose d’un peu différent à chaque fois.

 

Dernière question : depuis la création du collectif vous avez franchi beaucoup de paliers (solidays, mix sur radio nova, résidence sur rinse fm …) vous avez des plans précis pour les prochaines années ?

Des plans très précis, non, des idées de ce que l’on souhaite développer, oui : notre activité de label par exemple ! Après la compilation, nous sortons le premier album d’Umeme Afrorave. D’autres artistes sont en développement. Vous en saurez plus très bientôt !

Un dernier mot ?

Quelques mots, pour citer ce sample très célèbre utilisé par les Chemical Brothers : « It Began in Afrika »

Crédit photos : Mawimbi. Vous pourrez retrouver Mawimbi le 15 Avril au Badaboum avec Jungle By Night et Umeme Afrorave.

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