Review – Dear White People

Dear White People est le premier long-métrage de Justin Simien qui s’est inspiré de sa propre expérience d’étudiant noir dans une université peuplée majoritairement de personnes blanches. Le film a fait ses premières armes au Festival de Sundance 2014 où il est reparti avec le prix spécial du jury.

L’histoire du film, c’est d’abord celle de Samantha White (Tessa Thomson), jeune étudiante en cinéma qui occupe son temps libre en diffusant une émission de radio sur les ondes de son école. « Dear White People », c’est le nom de l’émission, et c’est ainsi qu’elle commence chacune de ses émissions dans le but de lutter contre les stéréotypes et le racisme à l’encontre des afro-américains. Un terme qui devrait être lui-même prohibé selon elle, car utilisé par les personnes craignant de dire le mot « noir ». Samantha essaye donc à son échelle de pointer du doigt les inégalités et différences que subissent les étudiants noirs, et à cette fin, se lance dans une course pour devenir présidente des associations étudiantes.

Le film s’attache à retracer l’intégration, ou plutôt la désintégration d’une minorité de personnes noires dans la prestigieuse université de Winchester. Si l’histoire semble intéressante au premier abord, on a davantage le sentiment d’assister à un teen movie qui a pour toile de fond un message important mais bien trop sous-jacent. Ainsi, si le réalisateur voulait décrire sa propre expérience pour lutter contre le racisme ordinaire, on regrette qu’il ait eu besoin de le faire en (ab)usant lui-même des clichés et stéréotypes omniprésents dans la manière de représenter ses personnages. On peut tout d’abord citer Lionel Higgins (Tyler James Williams, Everbody Hates Chris, récemment aperçu dans The Walking Dead), un jeune paria noir et homosexuel. Brimé, quasi invisible, Lionel lutte pour se faire une place dans l’université mais aussi au sein d’un dortoir qu’il a du mal à intégrer. Pour tenter d’être accepté par ses pairs il décide d’écrire dans le journal du lycée et consacre un article aux coulisses du combat que mène Samantha contre le racisme, mais aussi contre ses adversaires concourant à la présidence des associations. Le personnage de Lionel reste dans la caricature, sans échapper à des péripéties aussi attendues que peu originales.

Le film se nourrit essentiellement d’une intrigue banale et convenue. Dans la liste prévisible des personnages qu’on imaginerait vient Colandrea ‘Coco’ Conners (Teyonah Parris), l’étudiante noire qui ne s’assume pas et rêverait d’être blanche. Issue d’un milieu modeste, elle réussit à monter l’échelle sociale en intégrant cette prestigieuse université mais caresse le doux rêve de devenir célèbre en participant à une émission de téléréalité … Citons également Troy Fairbanks (Brandon P. Bell), l’étudiant noir totalement intégré, ancien président des associations, fils du doyen de l’université et donc dans l’ombre de son père (qu’il ne peut décevoir bien entendu). Enfin, il y a les deux personnages blancs centraux, Kurt et Sofia Fletcher, qui symbolisent la réussite sociale. Leur père, président de l’université se livre depuis des années à une petite compétition avec le doyen, et leurs deux fils décident de reprendre le flambeau. Dear White People, juxtapose et se nourrit de ces différentes histoires pour nous raconter le quotidien de la population noire de Winchester, mais son principal défaut réside dans la superficialité du traitement de ses personnages.

L’idée du film, excellente et louable, souffre malheureusement d’un scénario bancal et faible. Après vingt minutes, on réalise que la cause noire semble être un prétexte pour parler des difficultés rencontrées par les adolescents (l’intégration, l’estime de soi, l’orientation sexuelle…), qui semblent être l’unique public visé par le réalisateur. Le film aurait pu se centrer bien mieux sur son sujet qu’il ne fait qu’esquisser, à savoir le racisme persistant vis-à-vis de la population noire aux Etats-Unis. Cette comédie sociétale aurait pu être dans la veine des films de Spike Lee mais n’arrive malheureusement pas à sa hauteur.

Dear White People, de Justin Simien, sort dans les salles le 25 mars.

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Passionnée de cinéma (très éclectique, tant que c'est en VO) et de musique. Je suis également une grande sérievore (j'ai arrêté de compter) et adore la littérature anglo-saxonne.

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