Battle Creek : conte d’une maladie ordinaire

Avant tout chose, mettons-nous d’accord sur un point : non, Battle Creek n’est pas la nouvelle série de Vince Gilligan. Enfin techniquement si, en partie, mais pas dans les faits. Si la série est bien développée par lui et David Shore, le créateur de House, il n’est pas question de scénarios à quatre mains signés par le coup de plume créatif de Gilligan, au-delà de ce pilot. Le showrunner de Breaking Bad, déjà bien occupé sur Better Call Saul, est effectivement à l’origine de l’idée principale…en lisant le paquet de ses céréales pendant son p’tit déj’ (à mon grand regret puisque l’année dernière seulement, j’ai été frappé de la même idée en regardant mes Kellogg’s…). Le sujet n’a intéressé personne jusqu’à sa série explosive autour d’un fameux chimiste associé à un dealer, qui a eu le succès que nous connaissons tous.

Autant le dire tout de suite, Battle Creek n’a rien de Breaking Bad, ni sur le fond, ni sur la forme. On dit même que le pitch tient sur une boite de céréales : deux flics que tout oppose se retrouvent impliqués dans une même enquête. L’un a la gueule d’un boxeur qui aurait subi trop de K.O., éternel second qui n’a jamais lu le code pénal et qui vient de Battle Creek, Michigan, « petite bourgade » de 50 000 habitants (Dean Winters, alias Ryan O’Reilly, la tête brulée d’Oz). L’autre a une gueule d’ange, modèle de réussite qui a foi en l’homme et est envoyé par le FBI pour mettre en émoi les fliquettes de Battle Creek (Josh Duhamel, qui occupait plus ou moins le même rôle dans Las Vegas). On comprend donc bien vite que le nom de Vince Gilligan au générique n’est là que pour l’argument commercial.

Avant la diffusion, deux raisons nous poussaient déjà à être sceptiques. D’une part, parce que d’après la bande-annonce, prétendre que Battle Creek représentait authentiquement la ville revenait à dire qu’une série se déroulant à Venise pouvait être tournée à Lille. D’autre part, parce qu’AMC, qui a produit Breaking Bad, n’a pas la même philosophie que la CBS, bien plus méfiante envers les audiences. Le pilot donne raison à nos doutes : tout dans ce premier épisode nous rappelle que nous sommes sur un network qui ne souhaite pas s’affranchir des conventions (The Mentalist, Unforgettable, Esprits Criminels, NCIS, Les Experts 1/2/3/4, toujours la même formule). Même la réalisation confiée à Bryan Singer (Usual Suspects), qui s’était occupé du pilot de House, fait dans le conformisme, loin de toute audace. Cette maladie symptomatique d’une chaine qui ne vise plus l’élément de surprise est peut-être ce qui mènera la série à sa perte.

Les binômes antagonistes good cop vs bad cop sont récurrents à la télévision, et si quelques surprises tombent parfois comme True Detective il y un an, rien n’indique que le public en redemande. Si l’alchimie entre les deux acteurs fonctionne assez bien, se reposer sur un duo faussement singulier semble bien maigre pour tenir le rythme d’une saison. En témoigne les limites de l’écriture des dialogues entre l’un et l’autre, qui se résument à des divergences d’opinions et de méthodes. Sans doute feront-ils la paix à la fin de la saison pour mieux se chamailler la suivante. Toujours est-il que les répliques manquent de mordant et laissent rarement la place à un sous-texte. Tout est bien huilé pour vulgariser une histoire déjà classique sur la forme, puis une enquête qui ne vise jamais à (nous) transcender. Un banal double homicide, sur fond de dealers de drogue, de minorités ethniques et de drame familial, soit bien peu de cartouches pour sensibiliser le spectateur d’entrée de jeu, surtout face à la concurrence. Face à la vague d’investigations, on attendait plus de frisson de la part de Shore et Gilligan.

En se reposant sur une formule d’une enquête par épisode, la série court sans doute vers son annulation après les audiences médiocres du pilot, surtout comparées au lancement de CSI: Cyber. Ce n’est pas le rock eighties piqué à la bande-son de Magnum qui fera changer d’avis, pas plus que son générique végétatif ou la brochette de personnages trop caricaturaux pour nous faire esquisser un sourire sincère (mention à Funkhauser). Le dénouement de l’enquête très convenu et forcé par des bons sentiments grandiloquents manque surtout de ponctuer efficacement l’épisode. Recalibrer ses attentes pour une série conforme à la moyenne est sans doute plus raisonnable. Ni Greg House, ni Walter White n’ont à s’inquiéter. Finalement, comme l’agent Milt Chamberlain, qui n’accueille pas sa mutation avec la plus grande béatitude, nous ne sommes pas réellement encouragés à apprécier Battle Creek, ses citoyens et sa mauvaise graine.

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Surnommé McGyver pendant mes très jeunes années et Dawson pendant mes années un peu moins jeunes, le cinéma et les séries me collent à la peau depuis un bon petit moment maintenant. En 2002, 24h chrono a été la première addiction d'une longue série. J'écris depuis près de dix ans sur de nombreux forums, blogs et magazines consacrées au petit écran. Un top 5 ? Six Feet Under, Breaking Bad, The Shield, Boardwalk Empire, Mad Men et Lost (ça fait 6 je sais, mais la liste pourrait encore durer !). Vince Gilligan si tu me lis, je t'adore ! Et si tu cherches quelqu'un pour te servir le café et ramener des donuts, je candidate.

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