Review – American Sniper, une controverse justifiée ?

La réputation de Clint Eastwood n’est plus à faire : acteur, réalisateur à succès (Million Dollar Baby, Mystic River ou encore Invictus) et homme engagé, il s’intéresse désormais au destin d’un sniper américain durant la guerre en Irak.

Le film est tiré de l’autobiographie de Chris Kyle, tireur d’élite de l’armée américaine connu notamment pour ses exploits lors de la guerre. Avec 255 victimes revendiquées, il tient le record de l’histoire militaire américaine et avait ouvert un centre de formation au tir. La guerre dont on parle, c’est celle en Irak sous le gouvernement Bush, période très tendue et controversée. Clint Eastwood a donc choisi de se placer du côté de son propre pays en suivant l’histoire de cet homme hissé au rang de héros, prônant un discours à la fois équivoque et manichéen.

Un patriotisme étouffant

On aurait pu s’en douter en voyant l’affiche du film, où se glisse un drapeau américain tenu par le personnage principal : American Sniper nous rappelle bien trop souvent combien l’Amérique est un merveilleux pays qu’il faut chérir et donc tout faire pour protéger. L’histoire telle qu’elle nous est présentée est la suivante : Chris Kyle (Bradley Cooper), cow-boy texan est satisfait de sa vie, jusqu’au jour où il assiste, impuissant, à des scènes de guerre aux informations télévisées. Seulement voilà, Chris est un véritable patriote et aime son pays pour lequel il serait prêt à tous les sacrifices. Il décide alors, à près de 30 ans, de rejoindre les rangs de l’armée au sein de la SEAL (la marine nationale des Etats-Unis). Après un entraînement militaire intensif, il est envoyé au front.

Le film s’est attiré de nombreux détracteurs, car la guerre en Irak y est glorifiée, et le point de vue du réalisateur assez biaisé. Chris, surnommé la « Légende» par ses coéquipiers est mis sur un piédestal et on le félicite d’aligner les morts. American Sniper a finalement contribué à raviver les animosités entre les pro et les anti-guerre en Irak. Si le réalisateur, qui était contre à l’époque de l’invasion, se défend d’avoir voulu dresser une ôde à la guerre, un parti pris se fait néanmoins sentir dans le film, a fortiori lorsque l’on se remémore les propos parfois contradictoires d’Eastwood. Ce dernier s’en défend pourtant en imaginant un alter ego à Chris en la personne de Mustafa, un Syrien combattant aux côtés des Irakiens en tant que sniper, mais cela ne suffira pas à balayer ces critiques. On notera également des scènes à l’opposée de ce discours, intéressantes bien que trop courtes, notamment celles où le frère de Chris, ainsi que l’un de ses coéquipiers, Marc, s’interrogent finalement sur l’utilité de leur combat. Ils ne croient plus aux raisons de leur engagement et aucune réponse n’est apportée à leur interrogation.

L’angle choisi dès le départ nous présente Chris comme un mâle alpha, et peu à peu, comme un héros. Dès sa plus tendre enfance son père lui apprend tirer et fait de lui chasseur en herbe, d’où ses talents de tireur d’élite. Ce père très dur lui apprendra également qu’il ne faut jamais asséner de coups sauf quand sa famille est menacée, et qu’il faut dans ce cas tout faire pour protéger les siens. Le parallèle se fait très vite entre cette famille qu’est l’Amérique, famille par substitution qu’il construit puis délaisse pour aller combattre dans un pays qui n’est pas le sien. Ainsi, juste avant de partir sur le terrain, Chris épouse Taya Renae (Sienna Miller), mais doit écourter sa lune de miel pour commencer sa mission. Il fait des allers-retours entre l’Irak et sa famille et est envoyé quatre fois sur le front. À chaque retour auprès des siens, Chris est différent, méconnaissable physiquement et psychologiquement, traumatisé. Très marqué par ses séjours au combat, c’est une personne différente qui revient de mission. Chris, n’est plus le même homme. Il et est devenu paranoïaque et distant, il s’éloigne de ses proches.

La question de l’après-guerre

Malgré l’omniprésence du patriotisme, il est intéressant de voir le réalisateur traiter d’un trouble assez commun et connu des anciens combattants : le stress post-traumatique. Le spectateur est renvoyé, à l’aide de fréquents flashbacks, dans la vie antérieure du personnage principal afin, non seulement d’en apprendre plus sur lui, mais aussi de constater l’influence qu’a eu la guerre sur sa personnalité. Il est regrettable qu’un traitement plus important n’ait pas été accordé à cette réadaptation à la vie civile. Bien que l’on comprenne rapidement le cœur du problème, sa réhabilitation n’est pas montrée à l’écran et il trouvera finalement refuge auprès de sa véritable famille, des vétérans aux séquelles apparentes. C’est en créant ce centre de formation au tir qu’il se relèvera.

Malgré la vive polémique à son sujet, le film a déjà rapporté près de 300 millions de dollars au box-office américain et peut se vanter d’avoir décroché des nominations aux Oscars de dimanche (dont il est cependant reparti presque bredouille, hormis un maigre Oscar du meilleur montage audio). Si vous voulez vous forger votre propre opinion, nous ne pouvons que vous recommander d’aller le voir. Cela dit, en sachant que Steven Spielberg avait été le premier à se pencher sur le projet, nous ne pouvons nous empêcher de penser au résultat qu’aurait pu donner son adaptation, connaissant sa propre expérience à mettre en scène la guerre.

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Passionnée de cinéma (très éclectique, tant que c'est en VO) et de musique. Je suis également une grande sérievore (j'ai arrêté de compter) et adore la littérature anglo-saxonne.

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