Review : Transparent, le bien-être en filigrane

Pour sa seconde année sur le marché des séries, Amazon Studios s’est lancé un pari audacieux avec la diffusion de Transparent, drame familial autour des choix identitaires de Mort (Jeffrey Tambor), qui, après avoir vécu toute sa vie dans le corps d’un homme décide enfin de s’affirmer en tant que femme auprès de sa famille. Sur un format de dix épisodes de 30 minutes, la série de Jill Soloway traite de la transsexualité et des relations familiales avec beaucoup d’humour, de tendresse, et sans complexes.

Scénariste et productrice sur Six Feet Under et United States of Tara, dramaturge et militante féministe, Jill Soloway est sur tous les fronts et s’inspire ici de sa propre expérience suite au coming-out transgenre de son propre père pour apporter une vision dénuée de tabou sur l’intimité et les conflits d’estime. La notion de transparent concerne à la fois l’aspiration à une norme épurée de jugement sur le sexe (ou même d’abattre le terme de norme), afin d’être soi-même en toute transparence, et puis par renversement spéculaire, le personnage de Mort – dont le nom n’est pas un hasard si l’on se fie à sa lente et silencieuse agonie intérieure – est confronté à la difficulté d’être un parent trans.

Si Jeffrey Tambor est fantastique dans son rôle de Mort/Maura, on peut cependant mettre un certain temps avant d’effacer en mémoire le profil comique qu’il traine depuis son rôle de père de famille dans Arrested Development, malgré toute sa bonne volonté à s’investir dans son personnage, véritable ciment d’une famille juive huppée avec ses dysfonctionnements, alors extirpée de son nombrilisme : l’ainée, Sarah, met en péril son mariage suite à son attirance envers une femme, le cadet, Josh, multiplie les conquêtes jusqu’à celle qui risque de tout changer, et la plus jeune, Allie (Gaby Hoffmann, vue dans Louis C.K. et Girls) erre sans grandes ambitions, pas réellement concernée par l’avenir qui se profile. La scénariste évoque un malaise post-millénial, narcissico-dépressif du « je ne peux pas me supporter mais je ne peux m’arrêter de parler de moi » (largement représenté dans Girls, dont elle avoue son admiration pour Lena Dunham.)

« [Maura] n’est pas raffinée et c’est ce que j’aime chez elle, précise Jeffrey Tambor. Elle a des lunettes, ne porte pas de talons aiguilles et n’essaie pas d’être quelqu’un qu’elle n’est pas. » L’acteur précise à quel point il ne fut pas si complexe de trouver cette part féminine en puisant dans des choses qui ont toujours été là au fond de lui. L’intérêt de Soloway pour le sujet semble ainsi s’ajuster au progressisme actuel qu’on ressent à l’écran depuis quelques années : le personnage de Moira/Max dans The L Word, Candis Cayne dans Dirty Sexy Money, Rebecca Romijn dans Ugly Betty, Laverne Cox dans Orange Is The New Black, ou encore Jared Leto dans Dallas Buyers Club (qui perpétuait pourtant l’association trans = drag queens). La créatrice adopte ainsi une transfirmative action pour réaliser sa série, favorisant des candidats transgenres pour le casting et l’équipe technique, dont deux consultants à plein temps, pour au total, embaucher près de soixante personnes trans.

Concernée par la délimitation confuse des genres, l’héritage spirituel et l’émancipation sexuelle, Soloway et son approche esthétique ont en commun avec la série Tell Me You Love Me par sa blancheur éthérée, loin de la surexposition peu naturelle de Black-Ish par exemple. La lumière, l’architecture et l’environnement se fondent dans la neutralité voulue par le titre et le propos de la série : des tons clairs, des surfaces de verres, des jeux de transparence…Tout en subtilité, en dérision et sans fard, avec Transparent, tous les ingrédients sont finalement là pour nous trans…porter.

The following two tabs change content below.
Surnommé McGyver pendant mes très jeunes années et Dawson pendant mes années un peu moins jeunes, le cinéma et les séries me collent à la peau depuis un bon petit moment maintenant. En 2002, 24h chrono a été la première addiction d'une longue série. J'écris depuis près de dix ans sur de nombreux forums, blogs et magazines consacrées au petit écran. Un top 5 ? Six Feet Under, Breaking Bad, The Shield, Boardwalk Empire, Mad Men et Lost (ça fait 6 je sais, mais la liste pourrait encore durer !). Vince Gilligan si tu me lis, je t'adore ! Et si tu cherches quelqu'un pour te servir le café et ramener des donuts, je candidate.

Commentaires

commentaires

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire