Review : Ascension, des hauts et des bas.

La dernière minisérie originale de la chaine SyFy tente tant bien que mal de prendre son envol au cours de son pilot d’une heure, auquel se succèdent cinq autres épisodes. Situé dans un présent alternatif, le synopsis repose sur un projet lancé par John F. Kennedy durant la guerre froide, qui consistait à envoyer dans l’espace une navette avec 350 volontaires afin d’assurer la survie de la race humaine, dans l’éventualité de sa disparition sur Terre. 51 ans plus tard, toujours avec l’objectif de coloniser Proxima Centauri, l’USS Ascension s’approche du point de non-retour au moment où le meurtre mystérieux d’une jeune femme vient remettre en cause la nature de leur mission.

La grande difficulté à laquelle s’est toujours livrée SyFy est de fidéliser un bon nombre de spectateurs qui ne sont pas attirés, en premier lieu, par la science-fiction ou le surnaturel. Un pari que Battlestar Galactica (2004-2009) a relevé avec succès, en partie grâce à une mythologie mystique proche de Lost et malgré les divergences entre la chaine et son showrunner, Donald R. Moore, grâce à un régime de diffusion addictif à base de mystères et twists improvisés. L’actrice Tricia Helfer (Numéro Six), un des rôles principaux dans les deux séries fait même le lien affectif comme une vieille réminiscence.

Or, bien souvent, on regrette que les séries SF sur une chaine SF pour un public SF soient trop aseptisées : un budget trop limité compte tenu du potentiel des séries spatiales puis une liberté esthétique et narrative restreinte (décors cartonnés, lexique trop technique ou pas assez, dialogues scientifiques formels…) Ascension ne déroge pas vraiment à la règle, et tient en fardeau la nécessité de commencer son épisode avec du sexe et du sang pour une accroche réussie, à l’image d’une série comme Twin Peaks qui apparaissait déjà beaucoup moins complexée.

Ainsi, la série se retrouve déjà pris dans un étau dont il semblait compliqué de se libérer : décider de faire tourner l’histoire autour d’une enquête classique avec son lot de suspects, ou prendre en compte les conditions sociales de l’expérience. Bonne nouvelle, on hiérarchise d’emblée une division spatiale de la lutte des classes en fonction des multiples étages de la fusée (Transperceneige s’intéressait notamment à une division horizontale, d’arrière en avant du train). Pourtant, peut-on consentir à la possibilité d’une quasi-utopie de cinquante années sans crise sociale, sans révolte ni même sans progrès (les personnages vivent toujours à la mode des sixties) ? On élude donc en partie des problématiques comme la réaction sociologique face à la condamnation que tous n’ont pas choisie. Des questions bien trop éclipsées par la conspiration autour de l’investigation qui, malgré tout, apporte son lot de rebondissements. En définitive, on évalue trop peu le rapport des citoyens de l’Ascension face au contrôle ou au pouvoir, tout en se penchant parallèlement sur la situation sur Terre de nos jours.

D’un autre côté, l’avantage d’une série de six épisodes qui ne visait pas, en première instance, une reconduction, est de prendre des risques esthétiques et d’éviter le formalisme de style trop présent dans les séries SF. Là encore, on regrette que la réalisation soit trop convenue, que ce soit l’ancien de Lost Stephen Williams ou encore Vincenzo Natali, réalisateur de Cube et de plusieurs épisodes d’Hannibal. Le casting, sans grande surprise, nous laisse relativement circonspects dans l’ensemble, tant les rôles féminins (Wendy Crewson, vue dans 24 ou Andrea Roth, de Lost et Rescue Me) que masculins (Ryan Robbins, de Falling Skies).

Sans être la déception majeure de l’année, Ascension ne brise pas vraiment les règles et vise bien trop le consensus pour nous permettre d’embarquer confiants pour son voyage. Toutefois, avec ces conflits éthiques et physiques qui resurgissent, ces liaisons et ces secrets déterrés, on peut tout à fait souscrire à la montée en puissance après le décollage en demi-teinte. Argument positif des miniséries, on ne pourra pas trop s’en vouloir d’avoir perdu du temps si le phénomène ne s’avère pas si séduisant, et de même en pensent les producteurs, qui pourraient songer à une seconde saison : « L’épisode final de la saison 1 est ouvert à de nombreux développements nouveaux et tout dépendra des spectateurs de la série. Plus il y a de public, plus grandes sont les chances pour une saison 2 » a affirmé sans détour Ted Azari, l’un des producteurs du show.

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Surnommé McGyver pendant mes très jeunes années et Dawson pendant mes années un peu moins jeunes, le cinéma et les séries me collent à la peau depuis un bon petit moment maintenant. En 2002, 24h chrono a été la première addiction d'une longue série. J'écris depuis près de dix ans sur de nombreux forums, blogs et magazines consacrées au petit écran. Un top 5 ? Six Feet Under, Breaking Bad, The Shield, Boardwalk Empire, Mad Men et Lost (ça fait 6 je sais, mais la liste pourrait encore durer !). Vince Gilligan si tu me lis, je t'adore ! Et si tu cherches quelqu'un pour te servir le café et ramener des donuts, je candidate.

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